samedi 6 juin 2009
Lezennes Mail
ou le temps réparé 73
/LILLE MORTE/
lille ne soulève plus de printemps
je la traverse en grincements de portes
elle n’est plus que spectacles musée tombes
que la plupart lèchent comme des icônes
plus aucune aile de fraîcheur
ne circule dans ses artères
gros quinquin s’abrite derrière les cristaux
de ses chiffons de l’archi-pouvoir
du prestige des crépuscules
j’ose encore m’approcher d’elle
m’emporter dans ses ruelles de nulle part
la fête que l’on nous prépare
ne sera jamais celle que nous pourrions éclairer
la fête que l’on nous prépare
sera vraiment celle qui nous désarmera
sans attendre
toujours plus pâle
toujours plus désespérante
plus
jamais jamais
éprise de liberté
septembre 1999
mars 2009
vendredi 5 juin 2009
Lezennes Mail
ou le temps réparé 72
/FENETRES/
nous cultivions l’amitié-manivelle
de celle qui sonne à la fin des repas
parce qu’elle
n’avait plus de forces pour se remettre en selle
de celle qui tard la nuit sonne
parce qu’elle
n’avait plus de fenêtres pour se réunir
la peur de perdre
la peur de ne plus revoir
ceux ou celles qu’on aime
jeudi 4 juin 2009
Lezennes Mail
ou le temps réparé 71
/PAPIERS/
un soir la méditerranée
s’est déposée dans une assiette
rue saint-andré
le plaisir d’écouter le roulis des phrases
qui s’appellent été
amour ciel et mer
l’aventure d’une mémoire éclair
le déploiement des corps de lumières
fourmillement beauté des arbres
des mouettes des papiers collés qui s’effeuillent
parlez-moi encore de la tendresse
de celle qui soulève et apaise
mercredi 3 juin 2009
Lezennes Mail
ou le temps réparé 70
/MONEY/
je ne retrouve plus « ma » monnaie
celle de la boîte aux disques
des pierres mal lavées
des éclairages de fin de siècle dernier
s’entassent pêle-mêle uniformité identité
rue sans passeport rue vide
où tout se solde
se retrouvent insolemment
le lifting du prestige à gogo
le bruit des marteaux-piqueurs de l’indécence
le décorum des restaurations à outrance
les bouteilles de la vie se sont vidées
mardi 2 juin 2009
Lezennes Mail
ou le temps réparé 69
/GRISAILLE/
métro cordon solitaire
couleurs froides des sièges
néons tristes lumières d’hôpital
le courage nous manque
de briser la grisaille
des têtes penchées
des bouches des oreilles
sourdes et muettes
des corps abandonnés
à chaque horizon des stations vitrées
lundi 1 juin 2009
Lezennes Mail
ou le temps réparé 68
/CHAMP LIBRE/
gare routière belvédère d’aller retour
où les bus se taillaient des rames dans le béton
cars que nous attendions dans le froid le vent
ou que nous abandonnions pour nous offrir à la ville tassée
de là nous refusions de suivre les trottoirs aigus des architectes sachant que
nous préférions marcher sur les pelouses interdites
et l’herbe folle se dresser devant nous
sachant qu’il leur manquait
le mot de passe de la tendresse et
le champ libre des passages journaliers
dimanche 31 mai 2009
Lezennes Mail
ou le temps réparé 67
/MUSEE/
lille n’a plus la couleur de l’existence
nous la traversons comme un film vierge
qui imprime abusivement en nous
vitrines murs affiches devantures
rien ne nous arrête pas même un banc
un abri un lieu secret
elle nous avale l’uniformité s’installe
magazines revues livres et pubs
tout se ressemble
l’instant piétiné
ombres couleurs amnésiées
vieille peau muséale
qui nous tue et foudroie tout éclair
lille aux pieds de somnambules
fleuve de riens perçus
aux rues de salles sombres
à l’infini
samedi 30 mai 2009
Lezennes Mail
ou le temps réparé 66
/VOIX/
la voix de l’autre un après-midi
au Porthos près du comptoir
comme des phares de voiture
qu’on braque sur le lièvre
figé il ne se sauve pas
il se laisse prendre
dans le filet de l’enfermement
vendredi 29 mai 2009
Lezennes Mail
ou le temps réparé 65
/BAR/
de longs gants noirs
une bouche épaisse
le fessier en sommeil
la gorge affirmative
elle se suffisait à elle-même
sans inquiétude
elle n’avait pas besoin
d’heures mortes
elle brillait près du bar
loin des couleurs domestiques
et des racines amères
jeudi 28 mai 2009
Lezennes Mail
ou le temps réparé 64
/IMAGES/
haby fontanet
dans le jour tournant
rien n’était plus urgent
que de poser le pas
sur la bombe des mouvements
crier plus tard je suis vivant
ne mérite pas qu’on assassine
les images l’air tremblant
des jours qu’on dit empoussiérés
du temps











