Lezennes Mail

Blog de dominique delhaye : textes d'humeur, poésie, politiquement contre, humour, coups de gueule, littérature, critique, photos, dessins, art

lundi 22 juin 2009

LEZENNES MAIL C. Dityvon ou l’espoir réhabilité. 15

snap15

Mai 68 passa. Qu'en reste-t-il aujourd'hui ? Certains sont restés fidèles à l'esprit de ce combat. D'autres n'ont fait qu'oublier, pire, sont devenus ceux qu'ils combattaient. Rester fidèle à l'esprit de ces événements ne veut point dire ressasser éternellement du passé, mais faire ressortir ce qui était présent, le transformer. Et c'est que je retrouve dans les dernières photos de Dityvon. Il  saisit toujours. Les événements ne portent plus l'homme dans le but de le changer : Ce sera au PHOTOGRAPHE de s'en charger. Dityvon saisit le monde en unissant. Rapprocher les êtres. rapprocher les solitudes. Les unir comme dans le sermon de St Jean Baptiste sur la montagne de Bruegel. Reformuler de l'espoir. C'est au photographe donc de créer la situation d'un nouveau rassemblement des êtres. Toutes ses dernières photos traitent inconsciemment de ce problème. Participer au monde plutôt que d'exposer, comme certains photographes en résidence, l'exclusion. Et ce, par tous les moyens esthétiques de la photographie (brouillard, miroir, transparence, reflets etc...). Ce que Dityvon nous montre est une sorte d'appel. Unir ce qui s'offre comme désuni. S'emparer de ce qui se désempare. Rassembler ce qui s'oppose. Etre avec ceux qui ne sont pas ensemble. S'approcher de ceux pour qui tout est fait pour les dissoudre. Apprendre donc à refaire le chemin qui a mené à mai 68. De manière consciente, moins idéologique, plus déterminée que jamais. C'est le cas de tout homme pour qui la vie n'est pas derrière lui, mais devant lui. Le Mans, 1984. Je choisis cette photo parmi tant d'autres (Musée océanographique, Boulogne-sur-Mer,1990; Paris, La Défense, 1995...) pour mieux faire comprendre ce que je suis en train de te dire. Lors du vernissage de l'exposition de Dityvon à Gentilly, certains voyaient dans son oeuvre une oeuvre au noir, triste, désabusée. En fait ils plaquaient leurs propres visions de la ville sur les images présentées. Ils oubliaient de défaire leurs habitudes, leurs tics, leurs préjugés devant une oeuvre libre. Aussi "Le Mans, 1984" peut-elle présenter tous les caractères d'une image de série noire blafarde,  repoussante : nuit noire, brouillard  insistant,  réverbères  lugubres. Mais c'est  vraiment NE PAS VOIR. C'est vraiment ne pas entrer dans un monde qui se trouve aux antipodes des symbolismes "prêts à porter". Ici, le brouillard, la nuit, les réverbères lumineux concourent à ACCOMPAGNER les personnages déambulant dans la ville, mains dans les poches. Ils les enveloppent comme un linge protecteur, leur permettant de discuter en toute sécurité à travers les ruelles de la ville. Des hommes marchent vers la lumière. Loin de l'intranquillité, loin des angoisses, loin de toute peur. Des hommes dans la ville. Voilà. ...

J'y vais peut-être un peu fort, tu ne crois pas ? N'empêche, c'est tellement criant, tu ne peux pas savoir. 

Bises. 

Juin-Septembre 1996. 

Lezennes. 

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