samedi 20 juin 2009
LEZENNES MAIL C. Dityvon ou l’espoir réhabilité. 13
Même jour. Quelques heures plus tard.
Une femme sur un pont enjambant la Deule. Petite forme noire à peine plus grosse que trois écarts de barreaux. Cette "petite forme noire" n'est pas plus importante que les pylônes électriques et les cheminées d'usine. On pourrait imaginer qu'elle se trouve à l'intersection de trois mondes (ciel, eau et constructions humaines : le pont) C'est vrai. Ce qui me touche, ce n'est pas SON importance, SA place, mais l'importance de tous les éléments qui la "portent". Qu'elle soit un être humain qui passe a autant de valeurs que les masses noires et ombrées du pont ou de la péniche. Cette "petite forme noire", je dirais, apparaît (dans le sens religieux d'apparition, de révélation), émerge telle une silhouette suite à la rencontre de trois facteurs : 1. le bas du pont qui, du noir au gris, se dirige vers le ciel; 2. le canal et ses miroitements, ses reports d'ombres qui viennent se frotter sur le haut du pont ; 3. les nuages noirs qui se dirigent vers elle. Convergence non pas sur l'être humain, mais osmose de tous les éléments. "Cette petite forme noire" n'apparaît pas d'elle-même. Elle est produite par cette convergence d'éléments. "Cette petite forme noire" n'est pas une femme, mais une PASSAGERE à un certain moment donné. Elle existe A CE MOMENT-LA. Même si celle-ci semble peut-être préoccupée par les difficultés de la vie. Elle a existé un court temps pour Dityvon. Et elle existera comme telle: Lille, Nord, 1990. Je m'avancerais beaucoup en disant que cette femme n'existe que parce que Dityvon l'a révélée. En fait nous ne connaissons d'elle que son passage sur le pont à ce moment donné. Elle a été, une seule fois dans sa vie, comme portée. Et cela sans qu'elle le sache. Elle existe non pas parce qu'elle est uniquement une femme qui passe. Elle existe parce qu'elle dépasse ce qu'elle est. Elle est plus qu'elle-même. Elle fait partie du monde. Et ce monde la porte, la révèle. Faire exister ce qui n'existe pas aux yeux des autres, aux yeux de ceux ou celles qui sont pris en photo est l'une des grandes leçons de Dityvon.
Même jour. Bien plus tard
Il y a, chez Dityvon, une volonté d'incarnation, non pas à seule fin de rendre l'homme plus homme, mais de le situer à une place plus humaine, moins "divine". Cela peut te sembler contradictoire. Après tout ce que j'ai pu te dire sur la "légèreté", la "transparence". Non je ne crois pas. Sa volonté d'incarnation ne ressemble en rien à celle que l'on voit dans l'art chrétien. Ou dans l'art expressionniste de ce siècle. Chez lui existe et l'incarnation et l'élévation. Chez lui une volonté d'être homme de chair mais aussi homme qui tente d'être lumière. Dans notre société on prêche l'un OU l'autre. Et l'on se trompe facilement dans la compréhension des termes. Quand on parle d'"élévation", on ne sous-entend que élévation d'ordre social, force, puissance : l'homme se prend facilement pour un dieu. Et quand on parle d'incarnation, on ne s'intéresse qu'au côté physique, à la lourdeur etc... Dans la démarche de Dityvon, l'homme n'est qu'UN homme DANS le monde, UN homme DANS la ville : ce qui fait sa singularité. Humain et "divin" (je regrette, je n'ai pas trouvé d'autre terme). Bises.
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