mardi 5 février 2008
LEZENNES MAILLes rayons de paille . Trox /31
LES RAYONS DE PAILLE, en ai-je vraiment
fait le tour ? Je me le demande. Et ce,
chaque fois que pointe l'oeil suspect de
mes détracteurs. J'ai agencé sous les
poutrelles de mon grenier de multiples êtres
qui, certes, ne méritent pas qu'on s'y
attache. Mais à chaque morsure, à chaque
attaque, à chaque étranglement qu'ils
m'imposent, mon esprit s'éveille et se
rebiffe. J'ose l'éphémère, m'a-t-on dit
un jour. Est-ce du temps perdu ? La formule
savante " Ne regarde pas la paille dans
l'oeil de ton voisin quand toi-même tu as
une poutre dans le tien " me laisse pantois.
Est-ce parce que je vis, respire au milieu
de poutres que je ne devrais pas déloger
dans l'oeil des triomphateurs, des habiles
parasites, des bourreaux tartinés
d'insolence, la paille qui les gêne, le
mal qu'ils supposent ne pas avoir ? Est-
ce une interdiction que de déceler ce qui
se dérobe ou ce qui se cache sous les masques
de mes adversaires ? LES RAYONS DE PAILLE,
voyez-vous, n'ont cessé et ne cessent de
me tourmenter. Le refuge auquel je me
résigne, le territoire que j'occupe est
chaque fois réoccupé. Aussi ai-je l'intime
conviction de me battre sur un territoire
qu'ils n'ont jamais cessé de me ravir. Sous
la lucarne du grenier, Confucius s'étonnait
déjà que je n'eusse pas compris plus tôt
les tentatives éhontées et gélatineuses
de mes destructeurs : "Lorsque le doigt,
mon ami, montre la lune, l'imbécile regarde
le doigt ". La nuit est claire. La
plaisanterie a assez duré. J'abuse de leur
clarté.
TROX
CONSERVATEUR DU MUSEE DES RAYONS DE PAILLE.
lundi 4 février 2008
LEZENNES MAILLes rayons de paille . Les Volflexes /30
Les rêves ont la peau dure : ils émergent
le jour comme des briques compactes.
Cependant, les Volflexes tentent de les
assembler. Mais ce qu'ils rassemblent ne
leur permet pas d'en saisir le dixième.
Il est des rêves qui s'accrochent comme
des scories aux pointes du corps. Aussi
les Volflexes tentent-ils désespérément
de s'en détacher. Est-ce possible ? Les
rêves-sparadrap sont si ancrés dans leurs
demeures que même démolies, ils les
terrassent d'un poison définitif.
dimanche 3 février 2008
LEZENNES MAILLes rayons de paille . Les Virsières/29
Les Virsières ne se méfient nullement. La
propension à vouloir trop généraliser les
entraîne loin de leurs véritables
occupations. Ils ne se méfient ni de la
grêle, ni des tempêtes, ni des orages.
Ont-ils peur ? Rien ne peut nous l'assurer.
Les Virsières occupent cependant une place
importante dans le forum des valeurs
établies. Mais obnubilés par ce qui les
dérive, ils n'accordent aucune attention
à ce qu'ils sont, ni bien sûr à ce qu'ils
font. Le contraire eût été choquant.
Différents des Naires, ils ne s'offusquent
pas. Le temps leur est indifférent. Ainsi
vont-ils comme bon leur semble. Toutefois,
hagards et planants, ils naviguent dans
les airs et s'écrasent plus couramment que
tout autre sur les vitres de l'infortune,
telles des mouches.
samedi 2 février 2008
LEZENNES MAILLes rayons de paille . Les Traelles /28
Les Traelles ont été dispersés sur toutes
les surfaces de l'ennui. Ce sont de petits
gredins qui nous ont coûté des années de
surveillance. Il nous a été difficile d'en
venir à bout. L'opération, cependant, fut
une réussite. On craint, néanmoins, de les
voir rentrer en catimini la nuit. Ils
s'imaginent régner toute leur vie. A suivre.
vendredi 1 février 2008
LEZENNES MAILLes rayons de paille . Les Spoofonds /27
La nuit, les Spoofonds ont leurs verges
très tendues. Si tendues qu'ils n'ont aucun
mal à les sucer à bras le corps. Ce sont
d'immenses sculptures d'un intérêt
carnavalesque indéniable mais qui ne sont
pas exemptes de danger. Celui-ci était tout
à fait particulier : les Spoofonds
l’entrevoyaient quand leurs verges devenaient
subitement des corps à part entière. Aussi
n'hésitaient-ils pas à les draper de figures
féminines hétéroclites ou crapoussines.
D'où leur vient ce réflexe ? Nous n'en savons
rien. Cependant, de telles transformations
survenaient chaque fois qu'il leur manquait
la possibilité de faire la guerre.
jeudi 31 janvier 2008
LEZENNES MAILLes rayons de paille . Les Spoilprimes /26
Les Spoilprimes sont toujours à la recherche
de " couvertures ". Ils se parent de paroles
et d'appels de phare. Agés, ils attendent
une maternité qui ne vient pas. Dans leurs
poches, ils cultivent des billets de suicide
à composter. Dès qu'ils dévisagent leurs
contemporains, ils leur lancent
des " Tu vois, je m'intéresse à toi ! " et puis
abandonnent leur pitié sur les étals des
marchés. Les Spoilprimes parlent. Ils parlent
pour effacer les images qu'ils prononcent
sous leurs chapeaux écornés. La parlure
les englobe. Insupportable logomachie rongée
d'incohérences. Paysage théâtral sans fond.
Etres perdus d'un âge dépassé là où flottent,
dans le caniveau, des mains sculptés, mortes,
des espaces inexistants, croqués de
barrières, de statuettes, de silhouettes,
d'oiseaux au long cou. Monde suspendu au
sexe tendu à rien. Les Spoilprimes n'écoutent
pas. Ils patinent, ils ne se masquent pas,
ils pivotent. Kaléidoscope de la suffisance.
Ils accrochent les idées de leurs prétentions
aux porte-manteaux de la bêtise et
s'imaginent être les papes de l'élégance.
Monde-tripot. A fuir.
mercredi 30 janvier 2008
LEZENNES MAILLes rayons de paille . Les Snibles /25
Les Snibles dont l'intention n'a jamais
été de parcourir le monde, mais d'ouvrir
l'oeil et d'être des sentinelles
irréprochables, considèrent que la meilleure
manière d'être invisible était de se montrer.
Malheureusement, il ne nous reste rien de
leur existence, à part quelques ruines,
ça et là, sur les côtes des pays bleus.
C'est ce qu'on prétend. Mais, par expérience,
je serai tenté de dire qu'ils n'ont pas
été mis hors-circuit. Nous ne les voyons
pas, c'est entendu. Mais est-ce la preuve,
pour autant, de leur non-existence ? Ne
se montrent-ils pas invisibles ? L'oeil
des Snibles est incomparable. Il n'est pas
le nôtre. Il n'en est pas l'exacte
reproduction. Il est ailleurs, mais où ?
Il me dérange, je le sens. Et ce, chaque
fois que je me déshabille.
mardi 29 janvier 2008
LEZENNES MAILLes rayons de paille . Les Sgrilles /24
Les Sgrilles manifestent leur amertume quand
ils sont en proie à l'insupportable. Mal
de vivre qui m'aurait paru surfait si je
n'eusse pas appris, entre temps, que celui-ci
était aux antipodes du nôtre.
L'insupportable est une sorte de soupe au
tapioca qu'ils avaleraient sans goût
prétendant même ne pas vouloir la sentir
quand elle leur traverse l'estomac. Illusion?
Aucunement. Il existe chez eux une volonté
extrême d'oblitération du corps. Ce qui
provoque, en retour, cette amertume, nuage
flottant créé par l'incrustation d'infimes
traces de grimaces, de tics, d'énervements
continus.
lundi 28 janvier 2008
LEZENNES MAILLes rayons de paille . Les Sgafouilles /23
Les Sgafouilles, quand ils se regardent
dans le miroir, ont l'impression de ne pas
s'appartenir. L'image qu'ils se sont
construite ne leur ressemble pas. Ils ont
beau imaginer ce qu'ils sont réellement,
ils n'acquiescent pas toujours ce que le
miroir leur renvoie. Un corps hypertrophié,
une dent cassée, un cou trop allongé se
transforment en leur contraire. Pire : le
miroir élimine tout ce qui paraît anormal,
disproportionné. Effet de dénaturation.
Le miroir est un défi qu'ils supportent
mal : une brillance, un phare trompeur,
un barrage humiliant et stressant.
dimanche 27 janvier 2008
LEZENNES MAILLes rayons de paille . Les Schassus /22
Le Schassus est à la fois noir et blanc.
Tout à fait admirable, et cependant
impossible à désarçonner. En lui demeure
une force d'attraction qui naît de la
dénaturation des choses qu'il touche. Tout
objet multicolore s'affadit à son contact.
Le plus drôle est que l'objet lui-même n'est
plus ce qu'il était. Le Schassus est l'être
le plus bizarre que je connaisse : être
virus inattaquable et offensif. Il lui est
impossible d'être autrement. Il s'accroche
et tue tout ce qu'il touche non point en
le décomposant mais en le carénant. Mise
à mort sans merci. Embaumement impeccable.
A vrai dire, le Schassus m'effraie.
Dernièrement, encore, rangeant mes rayons,
je suis tombé par hasard sur l'une de ses
conquêtes : le bout des seins s'était coagulé
serait-ce son oeuvre ? Serait-ce celle
d'une autre peuplade ? Je le suspecte de
ne m'avoir pas tout dit sur son pouvoir
mordant et corrosif. A surveiller de près.











