Lezennes Mail

Blog de dominique delhaye : textes d'humeur, poésie, politiquement contre, humour, coups de gueule, littérature, critique, photos, dessins, art

samedi 6 août 2005

LEZENNES MAIL OMNIBUS 37

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Début août. 37 petites ouvertures sur le monde. Pas très gaies, j’en conviens. Mais ce fut un tel plaisir de vous les envoyer avec trois ans de retard. J’aime travailler sur les marges, sur les terrains délaissés, sur les étoffes fatiguées. Depuis vingt ans je ne cesse de vagabonder parmi les débris du monde qu’on nous jette à la figure. L’insolence des parvenus se dresse devant nous comme des statues entartrées qu’il faut admirer. Je ne peux pas m’empêcher de leur cracher en pleine poire, comme j’ai pu le faire, adolescent, sur les christs en croix qui s’affichaient dans les classes près des plafonds superbement hauts. Aussi pour ne pas vous quitter en queue de poisson, je vous livre ces quelques phrases de Kérouac, extraites de « Visions de Cody » : « Le voyage continuait, tel le déroulement d’une puissante pelote de hauts faits et de prouesses diverses, j’ai envie d’y aller maintenant, autant partir, miam, cette fille, comme j’aimerais l’avoir assise sur mes genoux, et elle me dirait doucement « j’ai envie d’y aller maintenant », pour me faire entendre qu’elle a envie de baiser, allons-y, elle a appris toute la tendresse de la nouvelle génération, de la hip generation, de cette génération moderne qui dans dix mille ans constituera une strate infime parmi les restes des fossiles usés, comme du pétrole sous les feuilles de choux du vieux carbonifère, ou du carbomnivore, ou mieux du carbonite, les dinosaures se roulaient leurs joints dans une mer clapoteuse, TANDIS QUE DES QUEUES DE POISSONS MORMONS EMERGEAIENT, LISSES ET AIGUISEES, HORS DU BOUILLON DE CULTURE ET DE LIMON : l’aube brute et banale des reptiles. »

KIS(s) your world !

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vendredi 5 août 2005

LEZENNES MAIL OMNIBUS 36

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Je la vois encore, sur le petit écran, dans sa voiture super-luxe, notre ministre chiraquienne, la Cachalot du nucléaire propre, avec sa dentition à la Fernandel qui nous sort franco en regardant le paysage : «  ce ciel bleu, quand on voit la misère qui nous entoure,... quelle indécence! » Et elle se met à rire, la main sur la bouche. On croit rêver ! Pas du tout. Une tronche pareille, ça ne court pas les rues, ça s’évacue dans le futile, dans cette sorte de béatitude qui donne à chacun de partager l’aube retentissante et gigantesque des mers froides. Sourions, sourions, rien de tel que le vinaigre blanc pour détartrer les casseroles.

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jeudi 4 août 2005

LEZENNES MAIL OMNIBUS 35

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Ah les fenêtres ! Je me suis toujours demandé ce qu’on regardait vraiment à travers elles. Je ne suis pas sûr qu’on prête attention à ce qui se passe dehors. Je crois plutôt qu’on SE regarde. La fenêtre, ça fonctionne comme un miroir. On s’admire, on se fait tout beau au cas où le passant nous remarquerait. Le réel a beau être là, mais on s’en moque comme de l’an quarante. A part madame Bovary, mais cela revient au même, quand elle était accoudée à sa fenêtre ( paraît-il qu’elle s’y mettait souvent!) : elle aimait ça, parce qu’en province la fenêtre remplace les théâtres et la promenade. C’est tout bénef, elle n’a pas à bouger. Et quand elle l’ouvrait, elle s’écriait : «  Ce n’est rien, ouvre la fenêtre... j’étouffe ». C’est dire ce qui la motivait ! Et puis quand le couple Bovary était à l’hôtel de Boulogne sur le port, ils vivaient là, volets fermés, portes closes, avec des fleurs par terre. Tous des gens embourbés dans leur quant à soi et leurs petits problèmes. Tu me diras, la télé ce n’est pas mieux, comme moyen de remplacement. On est toujours aussi loin du réel. Les politiciens, c’est pareil, le réel, ils ne connaissent pas. Paraître, ça oui! Se promener dans l’écran, se faire son petit théâtre : on n’arrête pas le progrès. Madame Bovary a raté ça. Quel dommage ! Ca nous aurait évité son suicide ! On dit cela, mais nous, éviterons-nous le suicide collectif qui se prépare ? Pas sûr !

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mercredi 3 août 2005

LEZENNES MAIL OMNIBUS 34

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Avoir tant de fenêtres et jamais ne les regarder. Avoir tant de fenêtres et jamais se poser près d’elles pour goûter à la lumière qui les pénètre. Comme si le monde n’était que dans notre tête. Comme s’il ne fallait croire qu’à la téléréalité que l’on nous concocte à coup d’état et aux cerises sur le gâteau que sont les lofters du sans souci et de l’ordre. Chères fenêtres de l’enfermement. Chères fenêtres, immenses paupières qui se referment... chaque fois que la rue s’affiche en négatif : du sans-papier au sans logis.

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mardi 2 août 2005

LEZENNES MAIL OMNIBUS 33

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La rue. On s’y intéresse quand on l’associe à des événements majeurs, quand elle est un élément important du puzzle qui se dessine. Sinon, on l’oublie facilement ou on la rejette comme un kleenex. Elle est en ces temps qui courent insécurité, bandes de jeunes à casser du vieux, poubelles écologiques. Bref méconnaissable. Je revendique la rue comme concert, puzzle, circulation, tunnel avec ses balcons de soutien-gorge en fer forgé, terrasse de café où l’on attend le jour, promenade sous les flammes du désir, rencontre d’un chat sur les murs d’un jardin ou d’une usine désaffectée. Avec ses belvédères accoucheurs d’ombres sur l’asphalte. Avec ses trottoirs, seuls repères dans les brouillards qui montent. Jamais je ne cracherais sur elle. J’ai tellement galéré la nuit cherchant compagne perdue. J’ai tellement eu de longues discussions sur les musiques qui nous taraudaient... qu’il ne me viendrait jamais à l’idée de la quitter comme une tousseuse. J’aime son râle, ses bruits de pneus, ses couleurs qui zigzaguent les parois des murs. Ses lumières : « de verna lisi perdue dans l’écran / blanc de la nuit / à l’écran rouge de chung-kuo / où dansent les dazibaos / de la rebellion / nous savions que le fossé / était franchi / nous l’écrivions sur les murs / louant la peine et la lumière / le vieux remis à neuf / nous savions qu’un chemin / était possible que le beau courait les rues / lumière basse du soleil matinal. »

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lundi 1 août 2005

LEZENNES MAIL OMNIBUS 32

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Allo ? La France ? Il y a un problème ?

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dimanche 31 juillet 2005

LEZENNES MAIL OMNIBUS 31

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Voilà l’image typique de l’homme de gauche : incapable de décrypter les messages envoyés par sa base. Au lieu de le déchiffrer, il s’enferme dans son bon droit, dans sa supériorité : lui seul représente l’élite de la nation. Il court, il court le furet dans la France profonde le long, le long des golfes...pas très clairs. Courir après les honneurs, le pouvoir, l’ultra-libéralisme caché, les voix sans couleur... et m’entendre dire que le délégué CGT de l’entreprise de mon beauf a voté extrême droite, il y a de quoi se dresser les cheveux : si tu n’en as pas sur le caillou, il y a bien un de tes poils quelque part qui se dresse ? Ca en dit long pour le futur : Italie, Danemark, Autriche, Pays-Bas, Belgique... Israël,  ça turbine un max  dans la pensée du ventre. Et cela ne m’étonnerait pas que la gauche épouse à la longue les draperies mussoliennes pour faire peuple. Comme nous le disait Bourdieu en 1998 ! Déjà ! La gauche n’a toujours pas compris ce qui lui est arrivé. A la radio, Glavany n’a pas arrêté de glavioter sur Jospinet comme quoi il était digne, responsable. Quel courage ! En effet quel courage d’avoir emmené son troupeau au bord du précipice et nous dire sans honte qu’il nous quitte pour d’autres cieux. C’est ça le courage ? C’est de la bêtise. De l’irresponsabilité. Et Glaviotard qui en rajoute, qui en rajoute sur le plissement de l’oeil de son maître à l’annonce de l’échec de la gauche. Une heure pour nous dire qu’il n’y a qu’eux sur terre. Les licenciements, le chômage, l’Europe : rien à dire, rien à formuler. Ils ont raison c’est tout. Le peuple français est ignare, que voulez-vous cher monsieur !  C’est ça, pauvre imbécile, reste dans ta cage, tape-toi un rassis ou une belote. Et encore je reste poli.

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samedi 30 juillet 2005

LEZENNES MAIL OMNIBUS 30

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Il semble facile, ne trouves-tu pas, de décrypter le monde toujours de la même manière, avec la même grille d’investigation. De cette façon, tout le monde est mis à la même enseigne ou porte le même chapeau. Y aurait-il une OPA sur notre façon de penser ? Serions-nous téléguidés ? Y aurait-il des lobbies qui se chargent de nous instiller de l’ennui, du « à quoi ça sert vraiment de » réfléchir sur ce que nous ne voulons pas dans la mesure où nous nous sentons de plus en plus impuissants devant l’uniformisation du monde ? Tu me diras, cela n’est qu’une vue de l’esprit, ça se corrige. En effet, au lieu d’être des entités à part entière, on a l’impression d’être des tartines ou des croque-monsieur. Peut-être est-ce cela que nous aimerions être ? C’est triste. Mais que voulez-vous, à tout choisir, entre le beurre et les canons, on choisit le beurre. Ca se tartine mieux. Mais comme cela ne suffit pas, habitant le pays du fromage, on n’hésite pas une minute à ce genre de dégustation, sans oublier un petit canon de derrière les fagots. Et le tour est joué. Ce n’est pas étonnant, après cela, qu’on se sent un peu lourd, un peu niais, un peu de tout quoi. C’est toujours ça de gagné ! Ah la pensée du ventre !

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vendredi 29 juillet 2005

LEZENNES MAIL OMNIBUS 29

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On s‘imagine toujours être du bon côté de la plaque. On ne voit pas facilement que nous sommes issus de différentes sédimentations. On préfère surtout ne pas les voir. On préfère se donner une image de soi, qui n’offre aucune arête, belle, aguichante aux yeux des autres, de nos proches. On aimerait surtout que l’autre soit à notre image. On ne veut surtout pas que l’autre fasse son intifada à notre égard. Pourquoi le ferait-il dans la mesure où on ne veut que son bien ? Et pourquoi ne le comprend-il pas ? Pourquoi ne le capte-t-il pas ? C’est-à-dire ?... Eh bien, si l’on posait la question autrement : qu’est-ce qui fait que je ne me remette jamais en question et que je demande toujours à l’autre de faire l’effort de me comprendre ou de m’aimer ? Se regarder n’est pas s’admirer, mais tenter de briser la glace de soi. Le miroir brisé, la brèche ainsi faite sur soi forcent-ils l’autre à s’approcher de moi-même ? Eh bien non ! Car cet autre, il est vrai, peut ne pas s’y engager. A rester loin de moi, en attendant qu’il soit lui aussi aimé, il a flairé une faiblesse en moi et fera tout pour que je sois en admiration devant lui. Je perds ainsi toute personnalité : ce que je rencontre une nouvelle fois chez tous ceux qui militent en ce moment. Leur cas n’est rien, l’autre est tout. Et la plupart des fois, se mêlant à ce tout, ils ont cette insolence de faire partie de ce tout et de lui donner des leçons cinglantes et prétentieuses. Ca ne manque pas de motel blues chez les agités du bocal politique. La danse est infinie : on achève bien les chevaux! Non ?

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jeudi 28 juillet 2005

LEZENNES MAIL OMNIBUS 28

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Non, je n’ai pas trop bu. Un lundi, tu diras, ça peut se comprendre. Mais un mardi, pas du tout ! C’est ce que je vois. Vit-on dans un monde double ? En plein capharnaüm ? Qui est qui ? Sommes-nous là ou serait-ce notre ombre ? C’est la valse-musette des opinions et des avis. On change les virgules d’un texte et c’est tout le contraire qui est affirmé. Ca n’arrête pas. Après les multiples spectacles durant vingt ans, crois-tu qu’ils ont changé leurs numéros ? Niet, my boy ! Ca continue de plus bel. Ceux qui ont emporté le morceau, ah bien sûr, ils mettent les bouchées doubles. Une action par jour et que ça tégévise ! Les clowns ne cessent de faire leurs tours de passe-passe, ça les excite au cas où leur soft machine se mettrait à gicler de la nouille molle. Mais c’est du pareil au même. Chirac remet ses hauts-talons et vas-y toto, de la sécurité en voiture en voilà ! Ca toise, ça démocrate libéral, les raffineries se mettent en quatre pour plus de gaz naturel et le citoyen comme il en a tellement vu, il s’ingurgite de la déflatine , il largue à toute occasion et s’imagine être libéré de toute oppression. Mais voilà, vers quoi se destine-t-il ?

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