Lezennes Mail

Blog de dominique delhaye : textes d'humeur, poésie, politiquement contre, humour, coups de gueule, littérature, critique, photos, dessins, art

mercredi 29 juin 2005

Lezennes Mail A cran 81

lmac_80

Pour terminer, pour couronner le tout, ceci.

Présentation des faits :

Mardi 31 mai 2005 de 8h30 à 8h40 s'est déroulée sur votre chantier une prise de parole par le syndicat local non programmée et donc non autorisée.

Vous n' avez pas alors respecter ( ???? ) les consignes d'alerte du Directeur en ne me prévenant pas par tout moyen à votre disposition, ni le matin même, ni plus gênant le 1er juin au matin lorsque que nous avons fait le point matinal habituel.

Or moins de deux heures après notre point matinal une délégation de facteurs emmenée par le syndicat me remettait une pétition (vous étiez au courant puisque vous l'avez signée !) pour demander le report des accompagnements.

D'autre part cette pétition comporte des revendications de nature à douter de l'adhésion attendue d'un chef d'équipe aux objectifs de son entreprise.

Après vous avoir entendu ce 9 juin dernier je vous adresse de très sévères observations et vous demande de vous ressaisir et de respecter à l'avenir vos devoirs d'alerte et de réserve.

Tout nouveau manquement de votre part m'amènerait à faire preuve à votre encontre d'une plus grande sévérité.

Ou comment la peur fait réagir Babouche. Ou comment se traduit un acte de  trahison de l’intéressé quand l’injustice règne de manière éhontée et flagrante. Et face à tout cela comment réagit le personnel ? Devinez. Essayez de deviner.

L’impasse. L’impossibilité d’aller au-delà de soi-même. Le suivisme comme règle de vie. L’humus propre d’une certaine fascisation des esprits en ce début de siècle. Penser devient une barbarie. Même au plus bas de l’échelle.

La babouchrie se conforte aisément sans problèmes. Même pas peur !

Allons-y allons-o ! Dans le sens du vent ! Ne touchez à rien ! La bêtise au pouvoir ! Rien de tel pour se baboucher le cerveau ! Amen.

FIN

Posté par 200750 à 04:00 - 10.Lezennes Mail A cran - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

mardi 28 juin 2005

Lezennes Mail A cran 80

dudule12 à Dudule

Il y a dix ans.

Déjà.

1. Deuxième jour. Alité. Le dos me fait toujours aussi mal. Comme si une main me serrait jusqu’à l’étouffement. Je dessine, je fume, je dors. Le ciel est sombre. Il ne pleut pas. Un gris disséminé. Je mange sans appétit. Dix jours à devoir mener ce train de vie ! L’hernie discale disparaîtra-t-elle ? Le médecin le certifie si je me repose. Alité, devenir planche. Moi qui ai horreur du lit. Moi qui ne demande qu’à sortir, marcher, flâner. Je dois rester, je suis condamné à rester allongé afin d’éviter l’opération chirurgicale.

2. Mon mal de dos ne disparaît pas. Je rampe sur le canapé. On me téléphone. Je rampe vers le combiné. Je m’installe sur le ventre. Bébert - un de mes chats - vient systématiquement se poser, se reposer, en ronronnant, sur mes cuisses retournées. Il y reste un sacré bout de temps. A force ça me fait mal. J’ai toujours eu horreur des expulsions.

3. A force d’être allongé, surviennent des maux de tête. Comme si, là aussi, on me comprimait. J’essaie de tenir le coup. J’espère que tout cela portera ses fruits, que mon hernie disparaîtra. Il est vrai, j’en doute. Mais j’essaie de tenir le coup.

4. Je n’ai pu écrire parce que Bébert est beau quand il dort sur mon cahier vers lequel je me dirigeais pour mettre quelques-unes de mes idées en place. Je pensais être tranquille. Mais voilà, le frigidaire se remet sur pied. Il fait beaucoup trop de bruit pour que je puisse me concentrer. Je m’installe alors près de la baie vitrée pour regarder la nuit. D’après la météo, juste après « La vie en rose » et les « Paris, je t’aime », il est fort possible qu’il neige. Alors, alors, j’attends que la nuit s’éclaire.

Soudain le jardin n’est plus le même. Il était comme noir et voilà qu’il devient clair-obscur. Je cherche la raison. Et je finis par comprendre qu’un chat - ce ne peut être les miens, ils sont quatre, ils sont tous là - a dû passer devant le système de surveillance du voisin. C’était beau. Cela, malheureusement ne dura que quelques secondes.

Les chats, c’est merveilleux.

5. Le bruit du frigidaire est obsédant. Il me rappelle le froid dehors. Il fait moins cinq, paraît-il, d’après la météo juste avant le journal de vingt heures. Je ne devais pas être là. J’étais venu dans la cuisine prendre un cachet pour mon hernie discale. Je ne devais pas être là parce que JE DOIS RESTER DIX JOURS ALLONGE. Et rester allongé trop d’heures, ça me rend malade. Ca me fait mal, surtout à la tête.

            - Tu t’es regardé ? me dit Angie. Tu as vu ta tête ? Elle est comme toute éclatée !

            - C’est possible, Angie... et pourtant ce matin je me suis lavé les cheveux !

Je n’insiste pas. Je la crois sur parole. J’aime beaucoup quand Angie me parle. Cela me permet d’oublier que je dois rester allongé pendant dix jours, sinon c’est l’opération chirurgicale.

Mais pour revenir à ce que je disais, j’étais venu à la cuisine prendre un cachet. MAIS, comme j’avais allumé ma pipe et que je ne voulais pas l’éteindre, je me suis assis dans le fauteuil en osier qui se trouvait ET près du frigidaire ( qui continue toujours à faire trop de bruit) ET près de la baie vitrée pour regarder la nuit passer et la neige qui ne se décidait toujours pas.

Ma pipe s’est éteinte.

Alors j’ai pris mon cachet avec un yaourt bulgare pour faire passer la pilule plus facilement. Mais au moment où j’ai commencé à déchirer le couvercle de mon yaourt bulgare, Bandi - un autre de mes chats - s’est aussitôt précipité sur la table pour avoir sa part du marché.

Les chats sont merveilleux.

6.  Après mûre réflexion, je crois que hier soir ce n’était pas Bandi qui était venu réclamer sa part, mais Bécassine. D’abord il faisait noir - je n’allume jamais quand je m’installe près de la baie vitrée. Ensuite j’ai ingurgité mon yaourt bulgare dans un silence qui ne permettait pas d’entendre le bruit du « décapsulage » - je veux donner l’impression de manger en douce. Non ce n’était pas Bandi qui s’était précipité hier soir. Je me souviens, maintenant, quand je vois mon pantalon déchiré : ce ne pouvait être que des griffes de Bécassine, la vioque, celle qui a vingt ans d’existence et que j’aime toujours, même si elle n’a pas toutes ses dents ( à vrai dire  elle les a toutes sauf une). Eh bien, ne me croyez pas si vous voulez, mais vu mon état, je me suis mis à quatre pattes par terre avec mon yaourt presque vide. Eh bien - ça, c’est fort ! - la vioque s’est empressée de lécher avec délectation mon pot de yaourt. C’est une première ! Elle a mis vingt ans à comprendre que cela pouvait être bon pour elle. L’amour, c’est une question de temps, ce n’est pas comme le gouvernement qui veut à tout prix qu’ « on bouffe de la vache enragée » pour être bien portant plus tard.

Bécassine est merveilleuse.

Elle ne sait pas ce qu’est une vache : on ne l’a jamais été avec elle. Mais enragée, je ne dirais pas non. Elle a son caractère, son propre caractère. Les chats sont tous différents. Tous poilus, mais différents. A son âge, bien sûr, elle devient bizarre. Elle perd un peu la tête. Elle est bizarre parce qu’après avoir eu son petit déjeuner sous la table ( depuis hier soir, moi je me suis relevé et suis allé dormir croyant que c’était Bandi : on peut se tromper!) elle grimpe sur le guéridon et - c’est cela qui est bizarre - elle se met à se laver les pattes en l’air ( enfin, une à la fois),  elle n’est pas « une sauvage », mais imaginez le travail : ça vous viendrait à l’idée de vous ébattre au bord d’un précipice ? Non. Eh bien, elle, elle se le permet, toute vioque qu’elle est ! Elle est porteuse d’espoir, c’est incroyable. Les vieux ( enfin certains, surtout pas mon voisin de gauche quand on est en face de la maison) .

Les vieux, c’est merveilleux.

Clac.

Mais ce n’est pas tout. Du guéridon elle saute, oui ELLE SAUTE sur son fauteuil recouvert d’une peau de mouton. Et elle nous fait tout un cinéma pour se placer. Elle est rarement à l’aise tout de suite. Elle a un certain temps d’adaptation : soit elle se met en-dessous de la peau de mouton ; soit elle rabat la peau de mouton pour s’installer dessus. Bref, elle n’en fait qu’à sa tête. N’en faire qu’à sa tête, pour le commun des mortels, ne peut signifier que perdre la boule. Là-dessus, j’aurais beaucoup à dire sur les mouvements de grève. Je me demande même pourquoi, moi, je ne pourrais pas faire comme elle. N’en faire qu’à ma tête, « faire am’mod’ ». Surtout qu’en ce moment je dois m’aliter... (on le sait!) . Comment « faire am’mod’ » ? problème d’existence que je me pose en ce début de journée. Dehors il fait froid. Il ne neige toujours pas. La météo ne délivre que du mensonge. C’est la raison pour laquelle je me suis mis, en sortant de mon lit, une paire de grosses chaussettes pour être à mon aise.

Clac.

Clac.

Zut ! j’ai oublié d’éteindre la cafetière électrique. Je dois me relever. Et c’est tout un micmac pour me relever ! Je dois me recroqueviller, m’avancer sur le bord du canapé, laisser tomber les jambes tout en me servant de mes bras. Eh hop!, mes jambes font balancier et je me redresse. Il était temps. Le café commençait à faire son office de destruction chimique. J’ai déjà le ventre qui fait des siennes.  Aussi ai-je deux objectifs à atteindre à la fois : éteindre la cafetière et aller aux toilettes. C’est trop pour moi. Vais-je réussir ?

7.  Je tente de voir la vie en flash-back. Question de repères. Je me suis endormi après m’être déshabillé, après avoir pris l’escalier, après m’être levé du canapé de la salle à manger. Et ce matin je me rhabille avant de descendre l’escalier et avant de m’étendre sur le canapé. Mais voilà, le dernier terme, cela n’a pas été facile : Bandi et Dudule (l’autre chat que je n’ai pas encore présenté)  étaient de chaque côté du canapé. Je leur dis non. C’est moi qui suis malade. Allez ouste ! ( Ce matin-là, curieusement, je ne me pose pas la question d’une quelconque expulsion : le terrain m’appartenait, d’autres que moi s’en sont emparé. Question de justice). J’entame mon sixième jour de repos forcé comme d’autres que j’ai vus à la télé qui en sont à leur deuxième semaine de grève. Je leur ai dit NON. Il en faut au moins un qui s’en aille. Je m’assois sur le canapé. Je serre mes jambes. Je m’écroule et relève mes jambes que j’étale sur le canapé. Dudule part en faisant la gueule. Bandi hésite. Mais dès que j’ai commencé à allumer ma pipe, ni une ni deux, il me regarde d’un air comme ceux que j’ai pu lire dans mon journal quotidien, du genre « C’est infect de vouloir monter les Rmistes ou des mecs en contrat-emploi-solidarité contre nous ». Aussi part-il fier comme Artaban vers sa gamelle. Mais ce qui m’étonne, c’est qu’il revient quelques minutes plus tard : il n’avait surtout pas envie d’aller dehors même si le boucher fait cadeau de cinq kilos de merguez.

8. J’entends un miaulement. Puis un deuxième. J’étais alité. Je n’aime pas qu’on souffre de cette manière. Je me lève de la façon kinésithérapeute et je cherche.

            - C’est toi, Bébert ?

Rien. Je suspecte Bébert parce qu’il manquait à l’appel. Dudule, je l’ai vu dehors. Bécassine est dans le fauteuil. Bandi n’est pas là : il est beaucoup trop indépendant.

Alors j’ouvre la porte de la cave. Bébert était là sur les marches de l’escalier. Il bondit vers moi, content que je ne l’aie point oublié.

Et je me réinstalle dans le canapé. Sans hésiter, Bébert se jette sur moi, m’empêchant de faire quoi que ce soit. Mais comme je ne veux pas qu’il s’installe sur mon ventre ou sur mes rotules, je plie les jambes. Et ça, Bébert, il n’aime pas. Comme ceux qu’on continue à prendre pour des boeufs,  ou pour des moutons, incapables de comprendre ce qu’on dit à la télé. Bébert, lui, comprend qu’il est indésirable. Ce n’est quand même pas de ma faute si j’ai une hernie discale. Il faudra bien qu’il le comprenne. J’ai le bac, j’ai fait des études et je n’ai pas tort, quand je fume, d’intoxiquer mon entourage. J’ai quand même le droit d’être privilégié de temps en temps. Mais, lui, Bébert, ce n’est pas son style. Il se met alors sous son palmier et les feuilles le grattent. Il aime ça. Merveilleux quand il fait sa danse de St Guy et sa Commune de Paris à lui tout seul. Il ne cherche pas pourquoi ça lui gratte. Il se demande seulement comment il va pouvoir revenir sur mon ventre ou mes rotules. Il attend que la situation pourrisse. Il attend le bon moment où j’en ai marre de plier les jambes. Il attend que je remette en cause mon statut et mes acquis. Il n’a pas tort d’attendre : il sait que je plierai, que j’accepterai toujours tout venant de sa part. Il mise surtout aussi sur mon insécurité. Moi, je rêve d’une grande grève générale pour voir le chômage se répandre partout et pour pouvoir apprécier mes chats quand je serai d’aplomb, quand je serai debout en meilleure santé.

9.  Dudule n’arrête pas d’entrer et sortir, de manger dans toutes les gamelles. Après cela, il se dirige vers moi, saute sur mes jambes et me présente son cul plein de poil. C’est systématique. Cela n’arrive qu’à moi. Je n’imagine même pas Angie en train de m’offrir un tel panorama. Y penserait-elle d’abord ? Je suis sûr, je n’aurais pas dit non. C’est si rare l’amour à poil. Mais là, Dudule, quand il me regarde dans le blanc des yeux, il se dit que ce n’était pas son jour. Alors par dépit il s’installe près de moi, la tête tournée vers le mur: il sentait que je ne le désirais pas.

Onze heures quarante cinq. Je dois me lever. Angie avait envie d’une andouillette-frites. Je dois me lever pour éplucher les pommes de terre. Je réalise que c’est un comble quand même. Elle, elle travaille. Elle n’est pas malade. Moi, je ne peux qu’être bien. Seulement je dois rester au lit sinon dans les jours qui viennent, c’est... je sais, je sais. Bref, c’est moi qui dois me lever et faire la popote.

On vit dans une démocratie totalitaire. Et cela, il faut que cela change. C’est de la fausse concertation. Angie me fait dialoguer pour la forme et après elle impose ce qu’elle veut. Elle veut des frites mais pas avec mes merguez, des frites mais avec des andouillettes.

            - C’est ça la société pour nos enfants ?

Je n’en crois pas un mot. Je crois en une seule chose : mes chats sont merveilleux. Parole de malade.

10.        - Bécassine, Bécassine, arrête !

Je suis obligé de crier sur elle : elle est sourde. Elle est en train de déchirer la peau de mouton de son siège, d’enlever, morceaux par morceaux, ce qu’il en reste. Elle aime le faire : cela vient de son mécontentement. Il fait froid, elle est vieille et ELLE NE VEUT PAS EN DEMORDRE : elle ne veut pas aller dehors. Elle fait cela pour faire son nid ; pour s’installer comme une princesse. Elle ne se sent plus : elle dépose chaque fois de petites crottes de « lapin » plus ou moins sèches. Et elle n’est pas contente parce qu’on ne les lui enlève pas. Ce n’est pas parce que je suis alité, que je suis là, que je dois me forcer à aller voir si elle a déposé. Il ne faut pas exagérer. Madame n’aime pas les mauvaises odeurs et c’est parce qu’elle a horreur de ces mauvaises odeurs qu’elle se permet d’éliminer morceaux par morceaux ce qu’il nous reste de peau de mouton. C’est comme les grévistes qui en ont marre de voir des mecs qui gagnent un million de francs par mois, qui font de fausses factures, licencient à tour de bras par paquets de dix mille au nom de la compétitivité et placent les bénéfices en bourse au lieu d’investir. Alors elle en a ras le bol. C’est sa façon de montrer qu’elle existe.

            - Eh Bécassine, tu me prends vraiment pour un privilégié ? Merde, à la fin, ce n’est pas parce que tu as une crise que je dois supporter tes exactions !

Déjà Angie, tous les matins ( je l’entends de la chambre quand elle me prépare le café) crie sur elle. Quand elle ne laisse pas des crottes dans son fauteuil, elle nous dépose des étrons ou des flaques brunes, dans la cuisine : tout cela pour ne pas aller à la cave , là où il y a tout ce qu’il faut pour faire ses besoins ( il est vrai, je n’ai plus beaucoup de temps, étant alité, de faire un peu le ménage dans leurs bacs). Mais non, elle continue comme si de rien n ’était. Le troisième âge a bon dos. Elle continue à perpétuer sa rancoeur parce que le traité de Maastricht, elle ne l’a pas avalé. C’est trop pour elle : le traité de Maastricht, pour elle, c’est d’accepter, de tolérer depuis un certain nombre d’années, trois chats à la maison. Il y a quand même des limites et elle estime qu’elles étaient dépassées. Elle a assez donné. Je me dis, bien sûr, il faut la comprendre. Je la respecte, c’est un point. Mais je la suspecte d’être un peu trop locale-démocrate qui pourrait dégénérer  - si nous n’étions pas là, Angie et moi, pour la rembarrer - en national-socialiste. J’y vais un peu fort, j’en conviens. C’est normal : il ya des jours où on ne peut pas s’empêcher de crier sur elle pour avoir la paix. Mais  c’est quand même merveilleux qu’elle soit encore en vie : vingt ans pour un chat, c’est quand même une prouesse. Elle ne s’imagine même pas qu’elle puisse être  véritablement une privilégiée. J’aimerais qu’elle s’en rende compte un jour : ça ne peut plus durer.

Bébert, quand il voit qu’on gronde Bécassine, il se prend automatiquement pour un justicier. Il estime, quand on crie sur elle, avoir reçu l’ordre de la mettre au pas. Bécassine se met sur le dos et crache. Bébert, lui, se recroqueville ; il étire sa tête comme si on débouchait une bouteille et il est là, près d’elle, tous nerfs dehors. Il se sent imbu d’une mission importante : mettre au pas une vioque privilégiée qui ne supporte pas le traité de Maastricht. Mais Angie, qui dans le fond a bon coeur, met le holà tout de suite. Ce n’est pas parce que ça fait deux générations à qui on demande de serrer la ceinture qu’on doit permettre aux autres (ceux qui subissent la grève) de faire la loi et de créer un comité de répression. Angie, là, n’a pas tort. Cela ne sert à rien d’avoir des chats s’il faut commencer à les taper et à réveiller en eux des instincts national-socialistes. C’est tout juste si d’ailleurs je ne dois pas offrir un kleenex  à Angie et lui refiler un bout de mon salaire pour qu’elle ne crie plus. Mais je ne suis pas encore arrivé à ce stade de dégénérescence et de haine. Angie, j’ai besoin d’elle. Comment pourrais-je manger ( même si je fais à manger !) ? Qui fera les courses ?

            - Hein, ce n’est pas toi, Bécassine, qui les fera, hein ?

Bécassine n’en a que faire. Elle s’est remise dans le fauteuil. Même si je dois, plus tard, ramasser ce qu’elle fera en plus.

11. Il est une question que toujours je me pose : pourquoi faut-il que mes chats aient leur propre confort et que celui-ci leur soit irrésistiblement demandé et qu’ils se placent toujours là où je suis ou que j’ai été ? Dudule, par exemple. Je le retrouve dans mon transat. Je me rends compte que c’est au moment où je désire m’allonger en attendant de partir pour l’ostéopathe qu’il s’y trouve. Si au moins, il me laissait un peu de place. Mais pas du tout, c’est TOUTE LA PLACE qu’il s’adjuge. Cela devient intolérable. Je suis complètement d’accord avec cette petite vieille de quatre-vingt huit ans qui trouve anormal, inadmissible qu’elle doive rester trois heures et demie dans un taxi pour aller de Lezennes à Lille. En effet, quand il y a trois millions de chômeurs on ne paralyse pas ainsi l’économie. Mais Dudule, lui aussi, s’en moque éperdument. Son attitude ou plutôt son hébétement, les quatre fers en l’air dans mon transat, est une sorte de dénonciation de ce genre d’arguments, style « canada dry », qui pourraient être le faux nez du véritable privilégié. Je n’insiste pas. Je m’allonge donc dans le canapé et je crie : « Dudule, au boulot ! Bécassine, à la retraite ! Je veux de la place, du territoire. Je suis pour la paix sociale ». Dudule ne bronche pas. Il se déplace de quelques centimètres. Il me regarde dans le blanc des yeux avec une petite mine de fous-moi-la-paix de chat innocent. Et là je craque. Dudule ne sait pas ce qu’est l’angoisse de pouvoir à tout moment être licencié de chez soi.

12. Il neige. Le soleil est rouge. Je me sens chinois. Surtout après être allé chez l’ostéopathe.

            - Vous gardez trop de choses en vous, a-t-il dit en me tâtant les intestins qui étaient beaucoup trop gonflés. Vous voyez, ça vous fait mal là ?

            - Oui, oh oui !

            - Vous mangez trop de chats, m’a-t-il affirmé.

            - Comment le saviez-vous ?

            - Il suffit de vous ausculter. Vous m’avez l’air très pessimiste, hein Madame, ne le croyez-vous pas ?

Angie acquiesçait.

            - Et votre appétit sexuel, votre libido, comment vont-ils ?

J’ai fini par lui dire, après quelques secondes de silence, que ma libido était au plus bas.

            - Il va falloir que vous preniez les choses calmement. Un bon conseil, ne mangez pas trop de chats, ni de pain,... enfin tout ce qui fermente.

Après m’avoir tâté de tous les côtés, après avoir appuyé sur le point vingt-neuf de mon corps, après m’avoir fait tourner quatre ou cinq fois sur le ventre, sur le dos, assis, etc... il m’a dit de me relever.

            - Cambrez-vous vers l’arrière et essayez donc de marcher, allez, faites donc !

Et je me  suis remis à marcher.

J’optais ainsi pour ce service de dépannage destiné à remédier à la complète paralysie de mon corps et de mon esprit due au pessimisme croissant. J’avais vraiment besoin d’un bon budget de fonctionnement.

            - Mon médecin traitant m’a dit de me reposer.

            - Il a tout à fait raison. Néanmoins, marchez donc de temps en temps en vous cambrant les reins et marchez droit.

            - Combien je vous dois ?

            - Trois cents francs.

Sur ce, j’ai décidé illico de me diriger vers le cabinet médical de mon médecin traitant plutôt que vers mon agence bancaire. J’étais embouteillé, mais indubitablement ragaillardi par les propositions de l’ostéopathe qui optaient pour une organisation mentale et physique qui devrait être en mesure de me retaper.

Je prenais soudainement conscience d’aller beaucoup mieux en sortant de chez lui. C’est ce que j’ai dit à  Angie. Elle était contente. Elle s’était aperçue que ses avantages étaient grignotés, qu’elle ne pouvait plus continuer à faire ce que je faisais d’ordinaire tous les jours. Elle était SOULAGEE.

Ce matin donc, il neige. Le soleil est rouge. Je me sens vraiment chinois. Le yang commençait à prendre le dessus sur le yin.

Et ce matin donc, je ne pense qu’à ceci : comment être bien dans ma peau, comment devenir un chat et non plus comment il faut les manger. Enfin une journée où j’espère que je ne serais pas épuisé.

13. «  Il ne faut pas de marteau-pilon pour écraser une mouche ».

14.  Un problème néanmoins me préoccupe : l’avis de l’ostéopathe : « Vous mangez trop de chats ». Il serait temps que je comprenne ou que j’essaie de comprendre ce qu’il voulait me dire.

Ce n’est pas facile.

15. Bébert est incroyable. Avec sa tête de « chien battu », il se pose sur ma poitrine comme une cerise sur un gâteau. J’ai du mal à respirer. Il m’étouffe si gentiment que je n’ose même plus bouger. Je suis comme un usager qui «  ne gueule pas » sur les grèvistes mais qui comprend la raison pour laquelle ils font grève. Bébert, ça fait, ça va faire dix ans qu’il m’étouffe de cette manière. Mais à cause de mon hernie, on dirait qu’il a changé sa position de sommeil. Au début jusqu’à aujourd’hui il se mettait sur mes rotules : ce qui, au bout d’une heure, me les brisait. Quand j’étais normal, bien portant et de plus dans le fauteuil, il me fallait un sacré bout de temps pour remettre mes os en place. Aujourd’hui - et depuis quelques jours ( je ne sais ce qui se passe  :  PAR QUI a-t-il été prévenu que j’avais une hernie ), il se met sur ma poitrine. Au début, c’était son cul - lui aussi! -  qu’il me présentait. Il voulait à tout prix se mettre à la page des « teenagers » que sont Bandi et Dudule. Je lui ai dit d’ailleurs - mais il ne m’écoute jamais - qu’Angie ne se présentait jamais de cette manière quand elle m’aimait. Il me regarda de travers mais changea de position et se mit par la suite juste en face de mon nez.  Tenez comme en ce moment ! Je n’ai du monde en cet instant qu’une tête pleine de poil. Il est content. Mais moi, à force, je ne vois plus rien de mon corps. Je ne vois plus mon ventre que je devais malaxer pour  soulager mes intestins. Et j’avais un sacré bout de chemin à parcourir : deux kilomètres de gros intestin et sept kilomètres d’intestin grêle ( souvenir de l’ostéopathe!).  Et ce frottage,  qui m’était nécessaire pour dégazéifier, m’était hautement bénéfique. Mais cela, à Bébert, on ne le lui a pas dit. Alors, pour être en règle, je le prends et le dépose sur le canapé. Vexé, il s’en va.

            - Eh Bébert, comprends-moi, tu sais aussi ce que c’est que de boîter!

En effet sa patte arrière droite est l’une des plus folle que je connaisse. Le vétérinaire n’avait jamais vu à la radio une telle bouillie d’os aussi bien arrangée.

Bébert ne m’écoute pas. Il s’installe plus loin dans le fauteuil en osier près de la baie vitrée.

Il neige dehors. La situation sociale extérieure s’aggrave. Moi je me sens un tout petit mieux surtout quand je marche de long en large dans mon trois-pièces obligatoire avec des pantouffles baillantes qui raclaient le carrelage et faisaient du bruit comme le frigidaire. Et cela, au bout d’un certain temps, me devient insupportable. TROP, TROP de bruits. Alors j’arrête de marcher. Et je me cambre comme me l’avait indiqué l’ostéopathe. Et c’est vrai, à force, j’allais mieux.

16.  Je commence en avoir plus qu’assez. Je vais me lever, je me fais propre et je m’habille pour ne plus être en pyjama toute la journée : je trouve que cela fait débraillé et que si je ne m’habillais pas, j’aurais l’impression d’aller à vau-l’eau. C’est ainsi : je n’aime pas être en une telle tenue quand on me regarde. Et j’en ai plus qu’assez - mais malheureusement j’ai besoin de m’aliter, de me reposer le dos - j’en ai plus qu’assez de voir mes chats s’emparer de ma niche, de mon canapé. Il y a Bébert sur le bout à gauche ; Dudule, au milieu, transversalement ; et Bandi, à la tête, recroquevillé. J’en ai plus qu’assez parce que ce ne sont pas eux qui vont me guérir. Mes chats s’en moquent éperdument. Ce qui compte, c’est d’abord LEUR PLAISIR. L’installation dans le confort. Une volonté de corporation indéniable. Et cela, vraiment, cela me met hors de moi. J’ai envie de chialer comme une madeleine et je ne peux pas les déloger : je ne suis pas CRS. Je ne fais pas partie de cette zone répressive. Je suis - et cela me fait beaucoup de tort - beaucoup trop contemplatif. Déjà, ce matin, à peine ai-je bu une tasse de café que Bébert hurle pour son lait quotidien ; que Dudule - après  être allé dehors et couru comme un dératé dans la neige - saute sur mes genoux et se cale sur mon ventre ( en fait pour s’essuyer « la fourrure » ; que Bécassine, vioque comme pas une, se met à pisser sur la serpillière qui sert de « frotte-pied à chat » près de leur trappe et à cacaquer près de l’évier ; et que Bandi, quand on l’appelle - parce que je ne suis pas là à m’éterniser pour leur donner à manger - ne vient pas... Bref, c’en est trop. L’ostéopathe n’avait pas tort.

            - Vous mangez trop de chat!

Je vais finir par le croire. Alors que faire ? Ma colère, au lieu de la proclamer dans la rue, je la rentre en moi.

            - Trop de gaz, il faut vous soigner. Déflatinez-vous.

Ma colère, je ne peux jamais l’exprimer. Je ne peux que la comprimer. Et Angie, du coup, en prend plein la poire, parce que je lui fais une tête d’enterrement.

            - Vous avez des angoisses, vous pensez à la mort, n’est-ce pas ?

            - Oui, ai-je dit.

            - Je comprends, je comprends, je le SENS !

Et je n’en revenais pas. En palpant du corps, l’ostéopathe vous sort du bout des doigts de l’âme comprimée, du renoncement à foison. Depuis un certain temps je ne vois que de la déprime alors que dehors les grèves pullulent et  que la vie va bon train. Tout cela ne me permet pas de briser l’envoûtement. Les uniformes ne me touchent aucunement. Si un jour je devais porter une de ces tenues, jamais je ne prétendrais que je suis un homme magnifique. Je m’emporte, je délire, excusez-moi, c’est « mon plus qu’assez » qui déborde. Je suis poursuivi en fait pour harcèlement sciatique. Et mes chats n’en ont que faire. Ils veulent SIMPLEMENT régner sur mon monde. Et à chaque fois qu’ils atteignent un sommet (c’est-à-dire un meuble, une table de cuisine ou de salle à manger, un frigidaire...) ils en aperçoivent un autre qu’ils veulent vaincre (la télévision, la bibliothèque et j’en passe...). Ah pour être fous, passionnés et inquiétants, ils le sont. Il y aurait encore Bécassine, qui, en ce moment, ne me gâte pas la journée. Elle reste enfouie sous sa peau de mouton. Et cela, à vrai dire, ça me calme. Ca me décolère : je pense à autre chose. Je décolle, et cela c’est encore plus merveilleux. Je suis pour la fin des empires, quel qu’il soit.

17. Bébert crie assis sur mon « monde diplomatique ». Bandi est étalé comme une saucisse sur le canapé ( cette fois-ci, plié). Bécassine s’est encoconnée dans son fauteuil. Dudule est au premier étage : il est avec Angie, il entend tout, il est au courant de tout, il aime voir Angie se laver. Il est midi. Déjà midi ? Incroyable ce temps qui se rétrécie comme une serpillière mouillée sur radiateur ! Toute une demi-journée à discourir sur le monde des chats ! Impensable, comme le temps passe vite ! Mais il me fallait à tout prix arriver à comprendre pourquoi je mangeais trop de chats. Je me dirige donc vers le cabinet de consultation de mon médecin généraliste. Il m’ausculte. Je lui dis que mes dix jours, alité, m’ont fait beaucoup de bien, que le problème de mon hernie n’est pas terminé, mais que j’avais de plus en plus de vertiges.

            - C’est-à-dire ?

            - Eh bien, je suis allongé, je me relève et je sens subitement que tout mon corps ne tient plus, que tout devient plat.

Il s’approche de moi avec sa baguette en caoutchouc et me tape la joue : aucune réaction.

            - Je suis un peu déprimé en ce moment. J’épouse trop facilement le bonheur de mes chats.

            - Il vous manque une sacrée dose de magnésium. On ne vous a jamais fait ce test sur la joue ?

            - Non, je n’ai de contact qu’avec mes chats, vous savez!

            - Bon, eh bien voilà ce que vous allez prendre.

Il me fait une liste de médicaments pour le mois à venir. Enfin du positif ! Mon dos va mieux. Ma tête fait des siennes. En fait je manque de magnésium. Si j’épouse trop le bonheur de mes chats, c’est parce que je manque de magnésium. Quand le mois sera terminé, je serais comme mon premier ministre, je serais au-dessus de tout cela. J’aurais enfin fini de faire de l’évangélisme. Je deviendrais un bon dogmatique ultra-libéral. Je n’aurais plus à m’occuper de mes chats et de mon hernie. Et Bébert pourra braire comme il veut, manifester comme il veut, je m’en fous, je serais au-dessus de tout cela. Mais malheureusement, je suis sûr d’une chose, la négociation n’a jamais été mon fort. Et ce n’est certainement pas le magnésium qui me fera changer d’avis à moins que... à moins que mes chats ne me mangent avant.

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lundi 27 juin 2005

Lezennes Mail A cran 79

lmac_79

Depuis des mois / depuis septembre noir / la mort a marché sur mes plate-bandes / elle m’a hanté avec son drapeau qu’elle a planté dans mes mots / j’ai tenté de l’éloigner au bout de mes phrases / mais elle remontait à la surface comme si / comme si c’était possible de l’éliminer en l’écrasant par l’humour / par une mise à distance / chaque fois elle apparaissait plus violente / même le chant des oiseaux ne calmait pas ses offensives / j’ai tenté de la rendre moins agressive / mais mes mots se bousculaient dans la foule des problèmes qui m’assaillaient / à chaque coin de rue je me sentais dans l’impossibilité d’envisager une quelconque ouverture / à place vide place à conquérir / il me fallait forger des armes pour ne pas me rétamer dans le discours des détracteurs / plutôt le désordre que l’injustice / de multiples fronts auxquels je devais faire face / je n’ai pas toujours su prendre la bonne voie / j’ai frappé là où je me sentais en posture de faiblesse / je ne regrette rien / mais un immense vide s’est installé / Dudule n’est plus / lui qui m’attendait près de la porte / lui seul savait ressentait la détresse de l’autre / il est parti / le choc était trop fort / il ne pouvait plus rien / pour nous / il est parti / sans nous dire au revoir / il est parti / la dernière fois que j’ai senti son corps sur ma jambe ma main sur sa tête c’était juste quelques heures avant sa disparition / notre jardin était habité par sa présence / il n’est plus / chaque pas qu’on y fait c’est de l’amour qui disparaît sous les feuilles du temps /

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dimanche 26 juin 2005

Lezennes Mail A cran 78

lmac_78

Ca y est / le temps s’est mis au beau / le jaune se faufile glisse sur les feuilles vertes / je me dis / je me dis qu’en ce jour je ne ferai rien / que ce jour tant attendu je l’encerclerai de mes mains / je me dis que j’en goûterai la moindre seconde / que je ne laisserai pas place à une fébrile activité quelle qu’elle soit / me reposer / m’étirer comme un chat / abandonner pour un temps les mauvaises nouvelles sur le pas de la porte / accueillir ce jour comme celui où j’ai aperçu près des marches de l’Opéra une jeune femme habillée de noir qui attendait le bus pour revenir chez ses parents / lui faire signe / lui donner rendez-vous le soir même / pour ne rien perdre de l’instant fulgurant / accueillir ce jour comme s’il n’a jamais existé / sachant que demain n’aura plus la même douceur / que demain ne sera plus la même note de musique / non plus courir / non plus arracher le temps comme un chiffon excité / non / m’étendre comme si j’embrassais une dernière fois la beauté de ce monde qui s’offrait à moi / éternellement /

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samedi 25 juin 2005

Lezennes Mail A cran 77

lmac_77

Accroche-toi jeannot / 1.2.3. soleil / compte là-dessus et bois de l’eau / la météo comme tous les week-ends se fait une beauté / faut pas trop griser le moral de la popu / faut la nourrir de papier peint dernier cri / faut la sortir sur la route des mers / ça nous pomponne de la bronzette assurée / de la chaleur au carré / mais quand tu ouvres les yeux la réalité s’est habillée d’une toute autre couleur / elle se confine dans le gris souris / ça rampe un max et t’es là le matin avec ta tasse de café derrière les rideaux / t’oses même plus mettre ton groin sur le balcon / le froid te sabote les étoiles / t’en veux encore une couche /  tiens prends ça dant’guiffe / souris bon dieu c’est gratuit / lundi le travail t’attend / et la météo s’est barrée de peur qu’on l’étrangle au premier coin de rue / comme toujours les lâches se taisent et te regardent en coin / et au premier faux pas ils ne te loupent pas / rien ne vaut une bonne météo mensongère / juste de quoi créer de l’illusion bon marché / et en voiture simone / un dernier tour de ceinture avant le défilé des voitures / en route pour les vacances / le pied / sur le champignon vénéneux de la liberté /

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vendredi 24 juin 2005

Lezennes Mail A cran 76

lmac_76

Avec ce temps indécis rien ne se dessine / les heures s’ajoutent comme des graines qu’aucune tourterelle ne picore / les jardins stagnent en attente d’une pluie passagère / les voitures grondent sur l’aire des parkings individuels en face des portes qui ne s’ouvrent pas / pas même un hurlement de môme / uniquement de multiples couches de bruits indistincts / un salmigondis d’instants sans couleur sans odeur / mes chats s’installent dans le sommeil des fins d’après-midi / les nuages s’amoncellent en silence et se bousculent en une lenteur désespérante / assis sur mon banc je n’arrive même pas à lire / l’oeil vissé au marbre du temps qui ne s’écoule plus / je suis là comme si je n’existais pas / seul un merle découpe par ses multiples répétitions stridentes le mur du temps / une mise en charpie d’un monde qui ne veut plus s’ouvrir / à trop vouloir rester sur place des mises à mort s’installent / efficaces / sur les cordes à linge du temps qu’aucun vent ne bouscule /

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jeudi 23 juin 2005

Lezennes Mail A cran 75

lmac_75

Attendre l’orage qui ne vient pas / l’air vous prend à la gorge / vous enveloppe de ses trente degrés / et soudain / comment je vais vous dire / expression qui  me revient du passé / d’un ami mort / et qui avant de l’être s’était jeté sur mon bureau pour me dire / ils sont là ils me guettent / il était en plein delirium tremens / c’était un matin vers cinq heures / comment je vais vous dire / me surprend encore / comme quelque chose qui surgit d’une bouteille / une sorte de feux-follet s’agitant de tout côté / et cet orage qui ne vient pas / qui vous prend à la gorge / un comment je vais vous dire de l’angoisse / un comment je vais vous dire qui vous étrangle en cette fin d’après-midi / auquel je ne m’attendais pas / et soudain / ... / les oiseaux se sont tus /

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mercredi 22 juin 2005

Lezennes Mail A cran 74

lmac_74

Course sans fin / attendre les fins de semaine / pour se remettre les pilastres à l’heure / ne plus penser aux mitrailleuses du mépris constant / ne plus se voir dans le ouagon de la secousse pour des prunes / me réfugier sous le frêne-pleureur / à l’écoute des poissons cool calm collected /  à l’écoute de la symphonie des oiseaux et non des sirènes-ambulances sillonnant la ville des détresses / me réfugier avec dans les écoutilles un Big in Japan tomwaitsien / casser casser tout lien de la déprime circulante / hop hop un pied sur l’herbe / hop hop l’autre l’oeil dans la coiffure du ciel chantant / en route vers les chemins d’un blues qui ne m’oublie pas / à la recherche d’une cascade d’eau fraîche / ralentir les courses effrénées vers l’abîme de soi / fumer le calumet de la paix / Volodia volodia calme-toi / et mon regard suit le mouvement des petites choses qui s’agglutinent autour de moi / as-tu vu Agamemnon il a la peau abîmée / que s’est-il passé / a-t-il sauté hors du bassin / regarde regarde Nez rouge il n’arrête pas de courser Black Jack / non non je ne vois rien / sous le frêne je goûte aux instants à la musique aux cris des solitudes qu’on n’entend plus / et mes poissons tournent tournent dans le vivier comme des horloges sans heure / comme un disque sans fin / et virevoltent à la surface des eaux des moustiques assoiffés et que chopent au passage dans un saut superbe un mélanote au cou tordu / les miroirs me suivent / comment en échapper / à quand un vrai wake-up in this morning / courage courage ralentis bon sang ta course / coupe-lui les ailes et laisse-toi aller dans le bruissement des feuilles qui te frôlent le visage / laisse-toi aller enfin dans une sorte d’épuisement des aiguilles qui te griffent le coeur / apprends réapprends à suivre ton propre mouvement / à bientôt /

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mardi 21 juin 2005

Lezennes Mail A cran 73

lmac_73

Ils sont venus pleurer / je les ai envoyés paître / les pelouses ça ne manque pas / en ce moment on a besoin de moutons / ça brait de tous les côtés / mais dès qu’il y a une mouche qui leur frôle le naze / ça machouille un max du j’t’aurais j’t’aurais / ça leur traverse à peine l’esprit / le lendemain ils repaissent la même pelouse / vu qu’on leur a dit que / c’est comme ça / vu qu’on leur a dit que / ils repaissent à nouveau / et ce sans braire / comme dans le bon vieux temps / quand papa et maman leur donnaient le biberon / ils ont le petit sourire de ceux qui ne se disent pas vaincus / mais ils ne se rendent pas compte qu‘ils ont la tête à moitié bouffée / par les gadgets / le fric des devenirs-stars / la voiture dernier cri et l’écran cramouillot des matchs de putes / ça roule mécanique et ça pisse dans le pantalon dès qu’il y a fermeture obstruction / ah on entre dans du là on ne peut pas / eh ben il faut obéir à là où on ne peut pas / c’est pas programmé / mais putain il me faut du fric / et le déhanché de service redanse sa St Guy / les autres nazes le regardent / c’est ça l’avenir / ça parle service public / et le plus grand service du cramouillot de service c’est de rentrer plus tôt chez lui pour déverser son trop plein dans le moule à gâteau de bobonne / miam-miam le guide / sexe &gode power dans le pantalon / l’unique drapeau des émasculés de la tétère / ça swingue dans le débagoulis / et ça y en a qui aiment s’en gaver / et y en a d’illustres / ils se la jouent en porcs / en ragondins / en puces / en pousse-toi là que j’m’y mette / l’éternel ramasse-mousse / l’éternel lèche-botte bouze in progress/

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lundi 20 juin 2005

Lezennes Mail A cran 72

lmac_72

La mort toujours accrochée à mes basques / aux porte-manteaux des heures / ça me citrouille le moindre geste / la moindre parole / le moindre regard / je suis son ver luisant / Babouche se met en 4 pour me casser les rayons / 25 ans sur le même poste / ça lui fait trop d’ombres / une montagne de liens c’est trop à défaire / trop de travail à n’en plus finir / vous savez / que lui dis / il n’y a pas 36 solutions pour que celle-ci en fasse moins / ou vous la brisez ou vous composez / plutôt le désordre que l’injustice que jui dis / mais c’est trop lui demander / maniaque procédurier / papiers en tout genre / démangeaison des mains / il faut abattre celui qui se prend pour un saule-pleureur / j’ai besoin de mon heure / au bout de sa connerie le pouvoir / c’est le projet de tous les nabots nains qui ne sont pas capables de se manager une place au soleil avec leur entrourage / tous les moyens sont bons pour gratter un rapido sur le dos de l’injustice / après la liquidation de tous les malades hors du service – c’est le but recherché pour l’eugénisme de son poste de chef d’étable – ce qu’il a en tête / ce qu’il faut sous-entendre / c’est mon départ / il tourne 1000 fois sa langue dans sa bouche / vous ne m’avez pas parlé de votre souhait de ne plus être chef d’équipe / de quoi je me mêle / je lui lance un j’y suis j’y reste / cela va faire deux fois qu’il me fait le coup du départ / il a la trogne qui ne bouffe que du hors de / vous prétendez n’être pas l’investigateur du mouvement du 31 mai / de la prise de parole non programmée du syndicat / de l’occupation de mon bureau / vous affirmez / j’affirme que je n’en suis pas responsable / pourquoi ne m’avez-vous pas averti de ce coup d’état / j’étais occupé que je lui dis / et votre devoir de réserve qu’en faites-vous / demandez à sainte thérèse lisieux elle vous répondra mieux que moi / comment dites-vous ? / demandez à votre vase sans fleur que vous léchez devant vous de vous faire apparaître ma réponse / Babouche-tartuffe se la frotte dans le mensonge / je lui lance son miroir en pleine catholicité / il est heureux comme un pape / père pardonnez-leur parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font / bien pensez-y / à quoi / à devoir entre les lignes quitter ces lieux / trop d’ombres m’insupportent pour une bonne et efficace évangélisation de mon programme / je n’en crois pas mes yeux / à nouveau les jésus je t’aime de la tartufferie reviennent en force à force d’injustice de mépris de ragots d’imposture / et dire que ça fait sept mois qu’on me traite de parano / il y a de quoi braire / que je voyais tout en noir alors que la réalité était là criante à portée de mains / qu’ont-ils tous les pélerins du suivisme qu’ont-ils tous dans la citrouille pour ne jamais me croire / leur faut-il un nouveau christ une nouvelle crucifiction pour se convertir à la vérité / un pas en avant deux siècles en arrière / bonjour chez vous /

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