Lezennes Mail

Blog de dominique delhaye : textes d'humeur, poésie, politiquement contre, humour, coups de gueule, littérature, critique, photos, dessins, art

jeudi 17 février 2005

Lezennes Mail Cirkus 89

Il ne manquerait plus que ça. Quoi ? Que ça ne s'arrache pas. Je n'ai pas fait tout ce chemin pour redéshabiller le Cirkus. Je ne tiens pas, en plus, avoir sur le dos une mise en demeure pour cause d'exhibitionisme. Le Cirkus me va comme un gant, je ne vais pas à nouveau le lui enlever et le lui jeter à la figure. Il m'a eu. Bon ça va, j'ai compris. Je vais faire comme tout le monde. Me taire, tricher et obéir. J'aurais peut-être enfin la paix. Ainsi tout le monde sera content, bien dans ses baskets. Par contre, je ne voudrais vous contrarier Mister Cirkus mais il y a un petit détail qui me chiffonne : je ne suis pas trop basket. Qu'à cela ne tienne, achète-toi des pompes à 2500 balles, ça c'est classe ! Bien sûr, bien sûr puisque vous me le suggérez... on n'est plus à ça près ! Les salauds ne dorment-ils pas en paix ?

 

FIN

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mercredi 16 février 2005

Lezennes Mail Cirkus 88

Nous y revoilà, on n’y échappe pas. On tourne autour, on cherche la faille, la brèche : pour en profiter un max. Le tout c’est de ne pas se faire voir. Et durer, durer... les mauvais jours ne seront pas pour nous. Etourdir le monde et moi je me balance !

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mardi 15 février 2005

Lezennes Mail Cirkus 87

Je suis je tu il nous vous ils ou je tue il nous vous elles? C’est tout le problème. Difficile de relever toutes les identités ! Mais voilà, je n’y échappe pas.

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lundi 14 février 2005

Lezennes Mail Cirkus 86

IL ne  savait  plus    donner  de la tête. Lui  fallait-il  s'en aller ou laisser s'écouler le temps,  revenir sur ses pas ou continuer son chemin.  IL ne le savait plus. IL était épuisé. IL avait mal aux dents. Ça lui montait jusqu'aux sinus.  Dés qu'IL n'y pensait plus,  c'était son ventre  qui  gargouillait.  Non,  vraiment  IL  ne savait plus où donner de la tête.

IL traversa une cour. Monta un grand escalier qui donnait sur un réfectoire. Une fumée, bleuâtre et  lourde,  flottait.  L'éclat fébrile des tubes au néon créait des nuages de brouillard laiteux, qui tournait, dérapait et s'écrasait avec lenteur sur les vitres opaques.

Ça entrait et sortait.

Atmosphère   grondante.   Un  invraisemblable entassement  d'hommes  et  de  femmes,  aux  yeux torsailleux,  aux  bras  entortillés  comme  s'ils étaient  plombés  dans  une  immense  détresse, invisible.  Ils  étaient  parqués  dans une  salle rectangulaire,  assez  longue,  vert  pâle,  assis sur  des  strapontins  disposés  en une  sorte  de gradins.  Tout  donnait  l'air  d'une  salle  de spectacle.  Les  mots  ne  résonnaient  pas  :  il fallait, pour se faire entendre, crier. La salle grouillait. Les retardataires faisaient claquer les portes.

On étouffait.

Lui, IL était là, comme tout le monde : IL attendait.

Puis, comme si une main de fer avait donné l'ordre de stopper les machines, soudain il régna, dans la salle, un silence implacable.

Alors, sur son strapontin, IL resta figé, tenta d'être la momie à l'image de cette assemblée venue écouter les harangueurs les plus en vue de la société. Les deux mains posées sur les genoux, IL ne dit mot. Tant IL était pris par ses funestes pensées - qu'il ne pouvait calmer, les retournant et les retournant comme une crêpe. Seulement  persuadé  d'être  un  guignol  parmi d'autres.

Et voilà, qu'au loin, sur l'estrade, ceux qui s'étaient tus...

...LAISSEZ-TOI VOUS DIRE QUE L'HISTOIRE EST ETRANGE  ET QU'ELLE A DU MIAL A ETRE SAISIE. ELLE EST COMME L'OISEAU  QUI SE CACHE ET SE TAIT SOUS LES FUTAIES OU C0MME UN FOSSILE  ECRASE SOUS UNE TONNE DE ROCHERS. IL Y A DE QUOI ETRE ENRAGE.  MAIS PATIENCE, CELA VIENDRA. A QUOI CELA VOUS SERVIRAIT-IL  D'ETRE BOMBARDE DE FUTILITES OU D'HISTORIETTES BALOURDES  QUI NE DEBOUCHENT SUR RIEN ET QUI NE PUISSENT SATISFAIRE  VOTRE CURIOSITE MALIGNE. VOUS VOUS EPUISEREZ, VOUS FUIREZ  TOUTE PROLONGATION, TOUTE DISCUSSION. CE QUE VOUS GAGNEREZ EN ECHANGE N'AURA PAS D'AUTRE RESULTAT QUE CELUI DE RETOMBER DANS VOTRE MUTISME.

...barbottaient sur son compte.  IL n'était  pas  le  seul  dans  ce cas.  Et ceux-ci lisaient  sans passion leurs rapports sur la société.

... FAUT-IL  QUE  LA  REDUCTION  SOUHAITABLE  DES HORAIRES   SE  FASSENT  DANS  LE  CADRE  D'UNE REGLEMENTATION  MALTHUSIENNE,   ETRIQUEE  -  HUIT HEURES PAR JOUR, 40 HEURES PAR SEMAINE - OU FAUT- IL L'ORGANISER DANS UN CADRE PLUS SOUPLE ET PLUS VASTE - 2000 HEURES PAR AN ?

Ainsi  causaient,  accoudés  sur  une  longue table d'autel,  drapée de  rouge,  des hommes de  grande taille, minces, un peu voûtés, la figure pâle  et  ascétique,  encadrée  de  longs  cheveux  bruns. Ils  compulsaient  leurs  notes, l'air absorbé.   Et   par  moments,   ils   regardaient, furtivement, l'assemblée béate.

Aucun  dans  l'ass emblée  ne  répliqua,  ne pipa un seul mot. Lui, par contre, IL se moucha  le nez  pour  s'empêcher  de tousser. Mais peine perdue,  IL fit plus de bruit qu'il ne le crut.

IL s'en mordit  les  lèvres.  Comme un coup sur  la tête, IL tituba sur le carrelage et se colla  aux  jambes  molles  de  l'assemblée  qui,  prise d'étourdissement - instant infernal - s'affola.

L'assemblée n'apprécia guère.  Elle n'aimait pas  le  dérèglement  quel  qu'il  fût.  Elle devait se  contenter  des  règles  strictes  des  convenances habituelles,  tout en sachant pertinemment qu'il y avait lieu, pour ne pas se faire remarquer, de cacher certains éléments de leur peur évidente et quotidienne. Ainsi...

...LE SOIR, QUAND ELLE RENTRAIT CHEZ ELLE, APRES LA RECOLTE DE FRAISES DANS LES COOPERATIVES - QUI SE FAISAIT SOUS LA SURVEILLANCE D'HOMMES ARMES DE FUSILS ET AIDES DE CHIENS - L'ASSEMBLEE ETAIT TELLEMENT ABASOURDIE D'ORDRES QUE CRACHAIENT DES HAUTS-PARLEURS QUE LES COUPS DE CROSSE L'AVAIENT HABITUEE A...

IL ne l'entendait pas de cette oreille. VONT-ILS ME FORCER A PARLER ? VAIS-JE ME LAISSER FAIRE ? IL s'échappa du réfectoire et courut aux toilettes sur la pointe des pieds de peur de troubler à nouveau l'office religieux régnant.

...AUJOURD'HUI,  ALORS QUE LE MARCHE DE L'AUTOMOBILE EST SATURE, NOTRE ETAT-MAJOR SONGE A RECONVERTIR UNE PARTIE DE SA PRODUCTION. ET NATURELLEMENT  C'EST  VERS   LA  PRODUCTION  DE MACHINES-OUTILS QU'IL DOIT SE TOURNER. SECTEUR PEU DEVELOPPE EN NOTRE PAYS. EN EFFET LA PLUPART  DES MACHINES-OUTILS SONT IMPORTEES. LA CRISE  DANS LAQUELLE SE TROUVE NOTRE GOUVERNEMENT EST  MISE A PROFIT PAR NOTRE ETAT-MAJOR POUR PROCEDER  A CETTE RECONVERSION, AUX RESTRUCTURATIONS ET  AUX DEMANTELEMENTS QU'ELLE IMPLIQUE, EN ECRASANT  ET EN AVALANT LES ENTREPRISES PLUS PETITES. NOUS  DEVONS PRODUIRE PERFORMANTS. C'EST NOTRE SEULE  CHANCE. C'EST POURQUOI, MEME SI LA TRESORERIE  DE NOTRE ENTREPRISE EST EN DIFFICULTE, EN FAISANT  GREVE, LE SEUL RESULTAT QUE VOUS ESCOMPTEREZ  EST QUE VOUS ABOUTIREZ A RENFORCER LE CHOMAGE...

La  salle  muette,  ébahie,  se  réveilla  en  un tonnerre d'applaudissements.  Puis elle s'est tue subitement.

ON AVAIT OSE SIFFLER.

Lui,  IL était  là,  avec son mouchoir dans  les  mains,  prêt  à  nouveau  à  se  moucher.  IL semblait  étonné  qu'il  puisse,  par  ce  geste incongru  et  bruyant,  déranger 1'assemblée... qui le regardait fixement.. .et qui le hua à tel point qu'IL prit ses jambes à son cou et se dirigea  comme un fou dans les ruelles sombres de la ville.

Rebuté  par  les  panneaux  indicateurs et par un infranchissable  barrage d'incompréhension  -  où gisaient  pêle-mêle  et  volaient  à  tire  d'aile freux et corneilles - IL choisit, pour fuir cette force qui va, aveugle, la manière forte.

IL s'arrêta.

Puis,  sous un réverbère miteux, IL aperçut  une voiture. Il s'approcha d'elle et fit sortir  manu  militari  l'automobiliste  somnolent.  Mais

IL se  reprit  aussitôt.  IL décida de l'emmener avec lui comme otage. IL lui sonna de le guider au milieu de ces temples, de ces musées, de ces statues  et  de  ces  affiches immenses comme des  soleils.

La voiture fila.

L'aiguille du compteur s'affola.

La nuit était chaude.

Ils disparurent.

Mais le POUVOIR n'en resta pas là.  Il lança à  leur  poursuite un  escadron  de motards  qui, quelques  heures  plus  tard,  découvrirent,  près d'une décharge, un homme ivre, troué de balles.

Alors commença la grande chasse.  Retrouver a tout prix le grain de poussière qui enrayait la roue de l'histoire. Retrouver cet homme.

On le traqua.

Le spectre hantait leur monde.

L'homme, IL, s'éclipsa.

Le    désert    au    loin    l'accompagnait, assourdissant.

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dimanche 13 février 2005

Lezennes Mail Cirkus 85

Un matin,  vers huit heures, IL se leva du lit avec ses deux grammes d'alcool dans le sang, sa solitude et son tempérament colérique.

Rude journée en perspective !

Mais agréable, non ?

ENFIN VOUS NE POUVIEZ PAS SAVOIR !

Sous sa porte on lui avait glissé quelques lettres, IL en prit une, la décacheta...

"MONSIEUR, FAUT PAS QUE CETTE FEMME CONTINUE A VOLER. LA POLICE DOIT S'OCCUPER D'ELLE".

Papier   cartonné   bleu.   Numéroté   5805. Inscription  blanc,   bleu,   rosé.   Timbre  déjà oblitéré, scotché.

Ses  pommettes  commencèrent  à  rougir.  II. se contint.

Puis  IL ramassa les autres lettres.  Elles étaient du même style. L'une timbrée à 10 francs, scotchée  elle aussi.  IL l'ouvrit,  carton rosé, numérotée  5945  " MONSIEUR FAUT PAS QUE CELLE DU 24 JUIN VOLE LES CLIENTS COMME SA,  QUESQUE SA VEUX DIRE "  ;  l'autre,  rosé,  non numérotée "VOTRE SOURIS CELLE DU 24 JUIN EST DROLE EST VOLEUSE, ELLE DOIT ETRE PUNIE,  A VOLER LES GENS COMME SA  ";  une autre encore le mit dans une rage  indescriptible,  je  vous  laisse  le  soin d'imaginer. Carton bleu 5941, fioritures orangées, poinçonnée de fleurs,  couleur or  :  "LA VOLEUSE TON PAIN QUI PUE LA PISSE ET LA MERDE, LES PUANTS CELLE QUI  EST HABILLEE EN BLANC LA SAUTERELLE TORDUE".

IL se mit à bondir, à gesticuler, à parler tout  haut.  IL s'arrêta quelques  secondes.  Une petite  lueur  dans le cerveau. Regarda fixement le plancher,  le plafond,  puis les plats sur la table, les cuillers, les fourchettes et les verres sales...

Une farce ? Non.

Un gamin ? Un obsédé ? Non.

C'était  beaucoup  plus  grave.  Si  c'était un complot ? Pourquoi pas!

IL se versa un verre.

Une machination infernale visant à renverser NOTRE pouvoir ?

IL l'avala d'un trait.

Et  si c'était elle ? Mais oui,  bon sang, mais alors CE N'EST PAS LA PEINE DE M'ESQUINTER LE CRANE sous ce toit. Il faut que je voie ça. Et au plus vite.

Un  dernier  verre et IL ouvrit brusquement la porte.

IL finira par bien le savoir ! C'était son travail.  Indiquer à qui de droit toute personne non conforme. Aujourd'hui IL flairait une piste. Il était temps:  sa situation n'était pas des plus brillante.

Sur les murs de la ville, les pylônes, les palissades on avait placardé   des  milliers d'affiches. Elles avisaient le monde de reprendre le  travail.  Dans  le cas    il ne  serait pas repris, la ville serait frappée d'une contribution de toutes les poupées existantes. On interdirait les  services  pouponniers  de  distribuer  des  biberons à lait aux chômeurs et chômeuses. Quant  aux manifestations de revue de mode pop bip bip, elles  seraient  rigoureusement  interdites  et  la  police  militaire  du  Nouvel  Etat  ferait  usage de leurs armes sexuelles contre les contrevenants.

 Malgré cela, un certain nombre de personnes  furent arrêtées, au   cours  d'une   de   ces  représentations : certaines d'entre elles avaient         osé  ôter  leurs  habits à  cause  de  la  chaleur  intenable. Elles furent condamnées à quatre mois  de prison, saussissonnées de kilos de couvertures  et  exposées sous un soleil de plomb. En guise de  punition  la ville vit toute la circulation des  poussettes  interdites après cinq heures de l'après-midi. Les estaminets, le long des drèves aux odeurs  de  midinettes,  furent  fermés.  Le châtiment dura dix jours.

Le pouls de la ville ne battait plus.

- SEULEMENT POUR UN CERTAIN TEMPS, constatait  IL, l'indicateur.

IL  se  dirigea  vers  la plage.  Et  là,  IL scrutait   l'horizon   humain   de   ses   jumelles   nouvellement  achetées. IL  était  fier. IL se sentait au plus juste de sa forme. IL enquêtait.

IL était sur une piste. Toute personne en train d'écrire ou portant du papier, des carnets avec elle  était  systématiquement  suspecte  :  cela faisait des lustres que la ville n'écrivait plus, elle avait fait dynamiter sa propre Poste.

IL  prenait  son  temps.  IL  naviguait  ses jumelles  sur  les  corps endormis,  les seins et les jambes des jeunes femmes. Soudain IL aperçut une  femme qui  s'étirait  sur  son  essuie-éponge et  vit  sortir  de  son soutien-gorge une liasse de papiers.

- C'EST ELLE.

IL s'installa,  gailuron,  à une table d'une taverne mini-bar, steak-frites-pizza-merguez.

- Un scotch, s'il vous plait.

Et  ne cessa de  la  fixer.  Mais au moment où  IL  se  fit  servir  son whisky,  et  paya  la serveuse, IL s'aperçut que...

- MERDE, OU ELLE EST ?

Elle avait disparu.

IL avala son scotch.

D'un trait.

IL prit sa voiture. IL ME FAUT A TOUT PRIX LA RETROUVER.  C'est  bien ce qu'il pensait,  la loi ne suffisait pas. TOUS DES BONS A RIEN, DES NUISIBLES, DES CORBEAUX,  DES BLAIREAUX. IL FAUT S'EN DEBARASSER.

Et il se mit à pleuvoir.

Les  plagistes ont débarqué en une seconde sur la digue pour se diriger vers leurs voitures.

- POURVU QU'ELLE NE S'IMMISCE PAS DANS CETTE FOULE AFFOLEE !

IL  parcourut une  centaine  de mètres  avec sa voiture. Puis stoppa. IL l'attendait au coin  d'un  croisement.  IL  savait  qu'elle  passerait  par là. Malgré la foule. Malgré la pluie. C'était  le seul et unique passage pour sortir de la digue.  Soudain, IL la repéra... Avec un type. Une lettre  entre les doigts.  IL bavait.  IL mâchonnait. IL  bouillait de colère. IL mit le contact. Le moteur  tournait.  La voiture démarra. IL fonça sur eux,  qui, par chance esquivèrent le véhicule.

- PETIT CON !

IL  s'arrêta net.  Baissa la vitre.  Sortit un   pistolet.   Et   tira. Trois   coups.   Ils s'effondrèrent.  La  foule ne leur prétait guère attention.  Elle  n'avait  rien vu. Même si elle ne voulait rien voir,  elle n'avait rien vu. Et même  si  quelqu'un parmi celle-ci se dirigeait, de  rage,  vers  l'indicateur  tueur,  ce  dernier n'hésiterait  point à  répondre  :  "MAIS NON,  JE N'AI  PAS TIRE, J'AI TIRE SUR DES PIGEONS SUR LA CHAUSSEE. ILS ETAIENT MALADES. C'ETAIT NORMAL QU'ILS CREVENT!

Aussi,   l'indicateur-tueur   IL   ferma-t-il sa portière.  IL avertit son centre d'écoute et  lui   ordonna  de  faire  passer  la  bande-son habituelle.

...UNE OFFENSIVE SANS PRECEDENT CONTRE NOTRE POUVOIR VIENT S'AJOUTER A L'ABANDON, MEME A LA DESTRUCTION DE PANS ENTIERS DE NOTRE ECONOMIE. CERTAINS  ONT  FERME LES ECOLES,  DES LIGNES DE CHEMIN  DE  FER,  D'AUTRES  TENTENT  DE  SUPPRIMER DES LITS D'HOPITAUX...

...  LEUR OBJECTIF,  NE L'OUBLIEZ PAS,  EST DE NOUs DETRUIRE... SOUTENEZ-NOUS...

Et    la    foule,    plus    loin,    acclama chaleureusement,   religieusement.   Et  aussitôt, d'un seul coup, la foule scanda ses propres mots d'ordre  :  TOUT CE QUI GRATTE N'EST PAS SCOTCH-BRITE, MAIS ÇA PEUT ETRE AUSSI LE PAPE   FINIFS PELLES  ET BAGATELLES  PRENONS NOS BALAYETTES FAISONS     MOUSSER     LES     BONS     MOMENTS POP-ULAIRES...BANGGGGGGAAAAH,    BANGA.    DORMIR DORMA...ELNA  RIEN  SANS  ELNA  RIEN...FOULE-POWER SE MET EN QUATRE POUR NOUS, POURQUOI PAS VOUS?

Jamais  liesse ne fut comparable,  ce jour-là.

Et la rue se vida, petit à petit.

Les cadavres disparurent.

IL,   l'indicateur-tueur  fuma  la  dernière cigarette  de  son  paquet.  Un  sourire  narquois au  bout  des  lèvres.  L'IMPORTANT,  voyez-vous, C'ETAIT CETTE LETTRE. CE N'EST PAS QU'ELLE ETAIT PLEINE  DE  FAUTES  D'ORTHOGRAPHE,  non   non   NI  CE QU'ELLE CONTENAIT, mais le fait QU' ELLE FUT  ECRITE  Ce n'est pas si grave en fin de compte.  ELLE A ETE ECRITE ET IL NE LE FALLAIT PAS.

La pluie finit par cesser.

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samedi 12 février 2005

Lezennes Mail Cirkus 84

Rien  à  faire.  IL était  devenu  comme ça. Pour la énième fois, IL remonta, quatre à quatre, l'escalier.  IL tâtonna,  tâtonna dans sa poche, et  grimpa,  grimpa  s'il  n'avait  rien  oublié. Là-haut  ?  Dans  sa  poche?  IL "escalait" tout  le   temps.   Chercha  un  coin  pour  vérifier, s'installa debout, raide comme le mur. Mais grimpa toujours  et  chercha  dans  les  ombres  du  mur l'escalier  qui  tournait.  IL s'arrêta,  s'arrêta pour voir la poche de son pantalon. Dans l'ombre. Mais  ne  vit  rien,  se  retourna,  descendit  de l'hôtel, à toutes jambes, inquiet.

- OU AI-JE DONC LA TETE ? BON DIEU !

IL arrêta de chercher, de chercher ce qu'il avait oublié. Ses clefs ? Peut-être !

- ARRETE DE CHERCHER ! lui gueula sa femme.

- MA FEMME ? QUELLE FEMME ? Ça lui arrivait comme un écho,  un disque rayé qui lui tournait la tête.

Arrivé en bas,  IL vit la concierge, passa à côté d'elle, hébété.

Quand IL voyait quelqu'un dans la rue, IL lui disait BONJOUR, A DEMAIN. Et s'il n'y avait  personne,  tant  pis,  IL le verrait  demain.  IL lui dirait les mêmes choses,  propos et autres.

Comme d'habitude. Ni plus ni moins, croyez-vous?

Eh bien non.  IL s'accrochait à la personne, la tâtait  de  tous  côtés,  la  cajolait,  discutait et  discutait.  Tout  en  propos-boudins.  Et  puis  s'en allait à des heures impossibles. D'habitude la personne qui avait cette chance était partie, il faut en convenir, depuis belle lurette.

IL,  s'en rendait-il compte ? Pas le moins du  monde.  IL  était  un  incompris.  D'ailleurs comment  - avec  une  telle approche de l'humain - vouliez-vous,  par  exemple,  qu'il  arrivât  à  l'heure  ?  Tous  lui  tiraient  la  langue,  se moquaient  de  lui.  Mais  lui,  IL ne voyait pas le  mal.  Quand IL avait  fini  sa  parade,  ses  discours  interminables  et qu'il n'y avait plus personne  qui  1'écoutait,  IL leur disait,  après avoir déversé sur le macadam un immense hocquet, un petit "MERDE" gêné.

Tout bas.

Et s'en allait plus loin, marchait, marchait  droit  devant  lui,  le  long  des murs,  comme un  rasoir.  Et  derrière  lui,  IL traînait un monde découpé.

Mais aujourd'hui, que se passait-il ?

  étaient-ils  donc  tous  les  gens  qu'il côtoyait ?

Depuis qu'on  lui a dit,  FAITES ATTENTION,  dans le pays, c'est la grève générale, près d'un million de  grévistes  ou  d'ouvriers  lock-outés. Au début,  IL,  comme toujours,  s'en moquait. IL se  faufilait,  comme  un  serpent,  traînait  sa carcasse  au  clair  des  rues  et  sifflait  comme si de rien n'était.

Mais maintenant,  c'était tout autre chose. Cela durait depuis plusieurs mois et la situation était comme ça,  arrêtée.  Lui,  le permanent des rues,  ne  voyait  plus  personne.  IL était comme coupé  du  reste  du monde.  Bouche  cousue.  Plus une seule voiture ne circulait. Plus aucun moyen de  transport  n'existait.  Plus  un  seul  litre d'essence.  Plus  une  seule  queue  devant  les magasins  :  ils  étaient  vides.  Les quais,  plus loin,  étaient  déserts.  Les  ferry-boats,  qu'IL avait coutume de voir, plus un seul ne sommeillait à leur poste d'amarrage.  Plus un seul policier en vue. Ni un seul gréviste. Aucun rassemblement. Aucun  meeting.  Pas  d'affiches  revendicatrices sur les murs.

Rien.

Et les rues l'entraînaient au hasard.

IL était là.

Mais  à  peine  se  demandait-il  pourquoi,  à peine  s'est-il  posé  la question,  qu'une  forte douleur  au  bas-ventre  le  saisit,  comme  si  on le ficelait, serré sur une chaise. Ça lui montait jusqu'aux dents,  jusqu'au nez, jusqu'à la tête. IL ouvrit la bouche pour crier : plus de sons. IL se racla la gorge, gesticula, se frotta les cils :  ÇA Y EST, ME VOILA A CENT DEGRES ! QU'EST-CE-QUI M'ARRIVE ?

IL cherchait partout, ne trouva rien, ouvrit  les poches de son pantalon. OU EST-CE QU'IL EST MON MALAISE ? IL se frappa la figure contre le mur,  ne dit mot,  tant il est saisi comme une crêpe.

- NE VOUS EN FAITES PAS, JE VOUS AURAIS !

Cela   allait   de   mal   en   pis.   Les étourdissements  devenaient  de  plus en plus fréquents,  surtout  quand  IL allait  téter  les froidures  de  la  ville  et  disputer  d'éloquence  avec les "couteaux de la ville" : vieille habitude  qu'il gardait comme souvenir.

Abasourdi par le silence insupportable qu'il rencontrait, IL s'arrêta, regarda autour de lui,  vit un banc,  alla s'asseoir,  s'assit près d'un parc  derrière  l'usine.  ÇA IRA MIEUX APRES.  JE NE FLIPPERAI PLUS. JE NE PENSERAI PLUS. Ça doit être ça  JE NE SUPPORTE PLUS DE REFLECHIR, vous pigez,  JE NE SUPPORTE PLUS.  CE N'EST PLUS DE MON AGE. QUAND ON A MON AGE, ON FAIT SEMBLANT, ON FAIT AUTRE CHOSE. ON CHANGE DE VETEMENT. Un jour   vient      changer   d'habits devient  indispensable.

 Un quidam passe,  QU'EST-CE QUE VOUS FAITES LA  ?  Le  quidam ne  savait pas à qui il avait affaire. IL répondit tout de go :

- Moi ? Eh bien je vérifie les entrées et  sorties des véhicules,  je veille à ce qu'aucun camion  ne  franchisse  la  porte.  Si  j'ai  un problème,  c'est  sûr,  je n'irai pas vous voir, j'appelle  la  permanence  du syndicat...Mais  ne vous en faites pas, tout est calme...

Le quidam,  il  n'en  croyait pas ses yeux, MAIS C'EST DE MOI QU'IL PARLE ? QU'EST-CE QU'IL VA CHERCHER LA ?

- Et  puis  (IL en rajoutait).. .et puis je ne crains pas une attaque,  ni une provocation. Ici, cela n'existe pas. Aucun risque.

Le quidam prit peur, prit ses jambes à son cou.

- Eh monsieur !

IL  se  leva  du  banc,  courut  après  lui,  MONSIEUR, MONSIEUR, J'AI OUBLIE   DE  VOUS  DIRE  QUE  JE  RECLAME  11%  D'AUGMENTATION.   ET  C'EST  DEJA, croyez-le bien, UNE CONCESSION DE MA PART.

IL n'arrivait  pas à le rattraper,  PUTAIN,  OU EST-CE QU'IL A APPRIS A COURIR AUSSI VITE,  EH MONSIEUR, MONSIEUR ? Je vous dis ça,  PARCE  QU'IL  ME  FAUT OBTENIR 50% POUR RETROUVER MON  POUVOIR D'ACHAT DES ANNEES PRECEDENTES.  Merde,  il ne m'entend pas. IL FAUDRA BIEN QU'IL LE SACHE, CE GOUVERNEMENT, IL FAUDRA BIEN QU'IL TOMBE...

IL s'arrêta.

Complètement essoufflé.

- QUEL GOUVERNEMENT ?

IL, de nouveau, eut mal au ventre.

- JE T'AI DEJA DIT QUE TU DOIS TE RETENIR. EMMURE TES  PENSEES.  QU'ON NE LES  VOIT PLUS  ! UN  POINT  C'EST TOUT.  COMBIEN DE FOIS  FAUT-IL TE LE REPETER ?

- Oui, maman,  je vais faire le vide. J'ai beaucoup  trop  mal.  Ça me  fout  des  angoisses. Il y a trop de bruit en moi. Je vais me mettre au diapason.  Tu as raison, je m'épuise pour un rien, ma patience est à bout.

IL baissa la tête, dit AU REVOIR, A DEMAIN aux absents.

Et un immense sparadrap de silence scotcha la ville de plâtre.

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vendredi 11 février 2005

Lezennes Mail Cirkus 83

Et l’amour qu’est-il devenu ? Un simple essayage d’accoutrements. Une mode qui court sur les falaises. Une marchandise encombrante dans la bonne marche des corporations. Des corps et des regards vides dans le souk des corbeilles informatiques.

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jeudi 10 février 2005

Lezennes Mail Cirkus 82

Eh bien galopons ! Mais avant toute chose, essayons de savoir si nous nous ne sommes pas trompés de monture ! Je me vois mal en cavalier de l’apocalypse.

 

 

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mercredi 9 février 2005

Lezennes Mail Cirkus 81

Quelle force nous guide pour que nous roulions à ce point dans la boue ? Sans aucune considération pour nous-mêmes. Sans même savoir qui nous sommes. La vitesse des événements nous entraîne toujours à galoper dans le sens du big mag Cirkus.

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mardi 8 février 2005

Lezennes Mail Cirkus 80

L’argent n’a jamais été le moteur principal dans notre vie : il nous a simplement manqué. Mais nous avons complètement oublié que nous avions été mis à prix. A la baisse, naturellement.

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