jeudi 17 février 2005
Lezennes Mail Cirkus 89

Il ne manquerait plus que ça. Quoi ? Que ça ne s'arrache pas. Je n'ai pas fait tout ce chemin pour redéshabiller le Cirkus. Je ne tiens pas, en plus, avoir sur le dos une mise en demeure pour cause d'exhibitionisme. Le Cirkus me va comme un gant, je ne vais pas à nouveau le lui enlever et le lui jeter à la figure. Il m'a eu. Bon ça va, j'ai compris. Je vais faire comme tout le monde. Me taire, tricher et obéir. J'aurais peut-être enfin la paix. Ainsi tout le monde sera content, bien dans ses baskets. Par contre, je ne voudrais vous contrarier Mister Cirkus mais il y a un petit détail qui me chiffonne : je ne suis pas trop basket. Qu'à cela ne tienne, achète-toi des pompes à 2500 balles, ça c'est classe ! Bien sûr, bien sûr puisque vous me le suggérez... on n'est plus à ça près ! Les salauds ne dorment-ils pas en paix ?
FIN
mercredi 16 février 2005
Lezennes Mail Cirkus 88

Nous y revoilà, on n’y échappe pas. On tourne autour, on cherche la faille, la brèche : pour en profiter un max. Le tout c’est de ne pas se faire voir. Et durer, durer... les mauvais jours ne seront pas pour nous. Etourdir le monde et moi je me balance !
mardi 15 février 2005
Lezennes Mail Cirkus 87

Je suis je tu il nous vous ils ou je tue il nous vous elles? C’est tout le problème. Difficile de relever toutes les identités ! Mais voilà, je n’y échappe pas.
lundi 14 février 2005
Lezennes Mail Cirkus 86

IL ne savait plus où donner de la tête. Lui fallait-il s'en aller ou laisser s'écouler le temps, revenir sur ses pas ou continuer son chemin. IL ne le savait plus. IL était épuisé. IL avait mal aux dents. Ça lui montait jusqu'aux sinus. Dés qu'IL n'y pensait plus, c'était son ventre qui gargouillait. Non, vraiment IL ne savait plus où donner de la tête.
IL traversa une cour. Monta un grand escalier qui donnait sur un réfectoire. Une fumée, bleuâtre et lourde, flottait. L'éclat fébrile des tubes au néon créait des nuages de brouillard laiteux, qui tournait, dérapait et s'écrasait avec lenteur sur les vitres opaques.
Ça entrait et sortait.
Atmosphère grondante. Un invraisemblable entassement d'hommes et de femmes, aux yeux torsailleux, aux bras entortillés comme s'ils étaient plombés dans une immense détresse, invisible. Ils étaient parqués dans une salle rectangulaire, assez longue, vert pâle, assis sur des strapontins disposés en une sorte de gradins. Tout donnait l'air d'une salle de spectacle. Les mots ne résonnaient pas : il fallait, pour se faire entendre, crier. La salle grouillait. Les retardataires faisaient claquer les portes.
On étouffait.
Lui, IL était là, comme tout le monde : IL attendait.
Puis, comme si une main de fer avait donné l'ordre de stopper les machines, soudain il régna, dans la salle, un silence implacable.
Alors, sur son strapontin, IL resta figé, tenta d'être la momie à l'image de cette assemblée venue écouter les harangueurs les plus en vue de la société. Les deux mains posées sur les genoux, IL ne dit mot. Tant IL était pris par ses funestes pensées - qu'il ne pouvait calmer, les retournant et les retournant comme une crêpe. Seulement persuadé d'être un guignol parmi d'autres.
Et voilà, qu'au loin, sur l'estrade, ceux qui s'étaient tus...
...LAISSEZ-TOI VOUS DIRE QUE L'HISTOIRE EST ETRANGE ET QU'ELLE A DU MIAL A ETRE SAISIE. ELLE EST COMME L'OISEAU QUI SE CACHE ET SE TAIT SOUS LES FUTAIES OU C0MME UN FOSSILE ECRASE SOUS UNE TONNE DE ROCHERS. IL Y A DE QUOI ETRE ENRAGE. MAIS PATIENCE, CELA VIENDRA. A QUOI CELA VOUS SERVIRAIT-IL D'ETRE BOMBARDE DE FUTILITES OU D'HISTORIETTES BALOURDES QUI NE DEBOUCHENT SUR RIEN ET QUI NE PUISSENT SATISFAIRE VOTRE CURIOSITE MALIGNE. VOUS VOUS EPUISEREZ, VOUS FUIREZ TOUTE PROLONGATION, TOUTE DISCUSSION. CE QUE VOUS GAGNEREZ EN ECHANGE N'AURA PAS D'AUTRE RESULTAT QUE CELUI DE RETOMBER DANS VOTRE MUTISME.
...barbottaient sur son compte. IL n'était pas le seul dans ce cas. Et ceux-ci lisaient sans passion leurs rapports sur la société.
... FAUT-IL QUE LA REDUCTION SOUHAITABLE DES HORAIRES SE FASSENT DANS LE CADRE D'UNE REGLEMENTATION MALTHUSIENNE, ETRIQUEE - HUIT HEURES PAR JOUR, 40 HEURES PAR SEMAINE - OU FAUT- IL L'ORGANISER DANS UN CADRE PLUS SOUPLE ET PLUS VASTE - 2000 HEURES PAR AN ?
Ainsi causaient, accoudés sur une longue table d'autel, drapée de rouge, des hommes de grande taille, minces, un peu voûtés, la figure pâle et ascétique, encadrée de longs cheveux bruns. Ils compulsaient leurs notes, l'air absorbé. Et par moments, ils regardaient, furtivement, l'assemblée béate.
Aucun dans l'ass emblée ne répliqua, ne pipa un seul mot. Lui, par contre, IL se moucha le nez pour s'empêcher de tousser. Mais peine perdue, IL fit plus de bruit qu'il ne le crut.
IL s'en mordit les lèvres. Comme un coup sur la tête, IL tituba sur le carrelage et se colla aux jambes molles de l'assemblée qui, prise d'étourdissement - instant infernal - s'affola.
L'assemblée n'apprécia guère. Elle n'aimait pas le dérèglement quel qu'il fût. Elle devait se contenter des règles strictes des convenances habituelles, tout en sachant pertinemment qu'il y avait lieu, pour ne pas se faire remarquer, de cacher certains éléments de leur peur évidente et quotidienne. Ainsi...
...LE SOIR, QUAND ELLE RENTRAIT CHEZ ELLE, APRES LA RECOLTE DE FRAISES DANS LES COOPERATIVES - QUI SE FAISAIT SOUS LA SURVEILLANCE D'HOMMES ARMES DE FUSILS ET AIDES DE CHIENS - L'ASSEMBLEE ETAIT TELLEMENT ABASOURDIE D'ORDRES QUE CRACHAIENT DES HAUTS-PARLEURS QUE LES COUPS DE CROSSE L'AVAIENT HABITUEE A...
IL ne l'entendait pas de cette oreille. VONT-ILS ME FORCER A PARLER ? VAIS-JE ME LAISSER FAIRE ? IL s'échappa du réfectoire et courut aux toilettes sur la pointe des pieds de peur de troubler à nouveau l'office religieux régnant.
...AUJOURD'HUI, ALORS QUE LE MARCHE DE L'AUTOMOBILE EST SATURE, NOTRE ETAT-MAJOR SONGE A RECONVERTIR UNE PARTIE DE SA PRODUCTION. ET NATURELLEMENT C'EST VERS LA PRODUCTION DE MACHINES-OUTILS QU'IL DOIT SE TOURNER. SECTEUR PEU DEVELOPPE EN NOTRE PAYS. EN EFFET LA PLUPART DES MACHINES-OUTILS SONT IMPORTEES. LA CRISE DANS LAQUELLE SE TROUVE NOTRE GOUVERNEMENT EST MISE A PROFIT PAR NOTRE ETAT-MAJOR POUR PROCEDER A CETTE RECONVERSION, AUX RESTRUCTURATIONS ET AUX DEMANTELEMENTS QU'ELLE IMPLIQUE, EN ECRASANT ET EN AVALANT LES ENTREPRISES PLUS PETITES. NOUS DEVONS PRODUIRE PERFORMANTS. C'EST NOTRE SEULE CHANCE. C'EST POURQUOI, MEME SI LA TRESORERIE DE NOTRE ENTREPRISE EST EN DIFFICULTE, EN FAISANT GREVE, LE SEUL RESULTAT QUE VOUS ESCOMPTEREZ EST QUE VOUS ABOUTIREZ A RENFORCER LE CHOMAGE...
La salle muette, ébahie, se réveilla en un tonnerre d'applaudissements. Puis elle s'est tue subitement.
ON AVAIT OSE SIFFLER.
Lui, IL était là, avec son mouchoir dans les mains, prêt à nouveau à se moucher. IL semblait étonné qu'il puisse, par ce geste incongru et bruyant, déranger 1'assemblée... qui le regardait fixement.. .et qui le hua à tel point qu'IL prit ses jambes à son cou et se dirigea comme un fou dans les ruelles sombres de la ville.
Rebuté par les panneaux indicateurs et par un infranchissable barrage d'incompréhension - où gisaient pêle-mêle et volaient à tire d'aile freux et corneilles - IL choisit, pour fuir cette force qui va, aveugle, la manière forte.
IL s'arrêta.
Puis, sous un réverbère miteux, IL aperçut une voiture. Il s'approcha d'elle et fit sortir manu militari l'automobiliste somnolent. Mais
IL se reprit aussitôt. IL décida de l'emmener avec lui comme otage. IL lui sonna de le guider au milieu de ces temples, de ces musées, de ces statues et de ces affiches immenses comme des soleils.
La voiture fila.
L'aiguille du compteur s'affola.
La nuit était chaude.
Ils disparurent.
Mais le POUVOIR n'en resta pas là. Il lança à leur poursuite un escadron de motards qui, quelques heures plus tard, découvrirent, près d'une décharge, un homme ivre, troué de balles.
Alors commença la grande chasse. Retrouver a tout prix le grain de poussière qui enrayait la roue de l'histoire. Retrouver cet homme.
On le traqua.
Le spectre hantait leur monde.
L'homme, IL, s'éclipsa.
Le désert au loin l'accompagnait, assourdissant.
dimanche 13 février 2005
Lezennes Mail Cirkus 85

Un matin, vers huit heures, IL se leva du lit avec ses deux grammes d'alcool dans le sang, sa solitude et son tempérament colérique.
Rude journée en perspective !
Mais agréable, non ?
ENFIN VOUS NE POUVIEZ PAS SAVOIR !
Sous sa porte on lui avait glissé quelques lettres, IL en prit une, la décacheta...
"MONSIEUR, FAUT PAS QUE CETTE FEMME CONTINUE A VOLER. LA POLICE DOIT S'OCCUPER D'ELLE".
Papier cartonné bleu. Numéroté 5805. Inscription blanc, bleu, rosé. Timbre déjà oblitéré, scotché.
Ses pommettes commencèrent à rougir. II. se contint.
Puis IL ramassa les autres lettres. Elles étaient du même style. L'une timbrée à 10 francs, scotchée elle aussi. IL l'ouvrit, carton rosé, numérotée 5945 " MONSIEUR FAUT PAS QUE CELLE DU 24 JUIN VOLE LES CLIENTS COMME SA, QUESQUE SA VEUX DIRE " ; l'autre, rosé, non numérotée "VOTRE SOURIS CELLE DU 24 JUIN EST DROLE EST VOLEUSE, ELLE DOIT ETRE PUNIE, A VOLER LES GENS COMME SA "; une autre encore le mit dans une rage indescriptible, je vous laisse le soin d'imaginer. Carton bleu 5941, fioritures orangées, poinçonnée de fleurs, couleur or : "LA VOLEUSE TON PAIN QUI PUE LA PISSE ET LA MERDE, LES PUANTS CELLE QUI EST HABILLEE EN BLANC LA SAUTERELLE TORDUE".
IL se mit à bondir, à gesticuler, à parler tout haut. IL s'arrêta quelques secondes. Une petite lueur dans le cerveau. Regarda fixement le plancher, le plafond, puis les plats sur la table, les cuillers, les fourchettes et les verres sales...
Une farce ? Non.
Un gamin ? Un obsédé ? Non.
C'était beaucoup plus grave. Si c'était un complot ? Pourquoi pas!
IL se versa un verre.
Une machination infernale visant à renverser NOTRE pouvoir ?
IL l'avala d'un trait.
Et si c'était elle ? Mais oui, bon sang, mais alors CE N'EST PAS LA PEINE DE M'ESQUINTER LE CRANE sous ce toit. Il faut que je voie ça. Et au plus vite.
Un dernier verre et IL ouvrit brusquement la porte.
IL finira par bien le savoir ! C'était son travail. Indiquer à qui de droit toute personne non conforme. Aujourd'hui IL flairait une piste. Il était temps: sa situation n'était pas des plus brillante.
Sur les murs de la ville, les pylônes, les palissades on avait placardé des milliers d'affiches. Elles avisaient le monde de reprendre le travail. Dans le cas où il ne serait pas repris, la ville serait frappée d'une contribution de toutes les poupées existantes. On interdirait les services pouponniers de distribuer des biberons à lait aux chômeurs et chômeuses. Quant aux manifestations de revue de mode pop bip bip, elles seraient rigoureusement interdites et la police militaire du Nouvel Etat ferait usage de leurs armes sexuelles contre les contrevenants.
Malgré cela, un certain nombre de personnes furent arrêtées, au cours d'une de ces représentations : certaines d'entre elles avaient osé ôter leurs habits à cause de la chaleur intenable. Elles furent condamnées à quatre mois de prison, saussissonnées de kilos de couvertures et exposées sous un soleil de plomb. En guise de punition la ville vit toute la circulation des poussettes interdites après cinq heures de l'après-midi. Les estaminets, le long des drèves aux odeurs de midinettes, furent fermés. Le châtiment dura dix jours.
Le pouls de la ville ne battait plus.
- SEULEMENT POUR UN CERTAIN TEMPS, constatait IL, l'indicateur.
IL se dirigea vers la plage. Et là, IL scrutait l'horizon humain de ses jumelles nouvellement achetées. IL était fier. IL se sentait au plus juste de sa forme. IL enquêtait.
IL était sur une piste. Toute personne en train d'écrire ou portant du papier, des carnets avec elle était systématiquement suspecte : cela faisait des lustres que la ville n'écrivait plus, elle avait fait dynamiter sa propre Poste.
IL prenait son temps. IL naviguait ses jumelles sur les corps endormis, les seins et les jambes des jeunes femmes. Soudain IL aperçut une femme qui s'étirait sur son essuie-éponge et vit sortir de son soutien-gorge une liasse de papiers.
- C'EST ELLE.
IL s'installa, gailuron, à une table d'une taverne mini-bar, steak-frites-pizza-merguez.
- Un scotch, s'il vous plait.
Et ne cessa de la fixer. Mais au moment où IL se fit servir son whisky, et paya la serveuse, IL s'aperçut que...
- MERDE, OU ELLE EST ?
Elle avait disparu.
IL avala son scotch.
D'un trait.
IL prit sa voiture. IL ME FAUT A TOUT PRIX LA RETROUVER. C'est bien ce qu'il pensait, la loi ne suffisait pas. TOUS DES BONS A RIEN, DES NUISIBLES, DES CORBEAUX, DES BLAIREAUX. IL FAUT S'EN DEBARASSER.
Et il se mit à pleuvoir.
Les plagistes ont débarqué en une seconde sur la digue pour se diriger vers leurs voitures.
- POURVU QU'ELLE NE S'IMMISCE PAS DANS CETTE FOULE AFFOLEE !
IL parcourut une centaine de mètres avec sa voiture. Puis stoppa. IL l'attendait au coin d'un croisement. IL savait qu'elle passerait par là. Malgré la foule. Malgré la pluie. C'était le seul et unique passage pour sortir de la digue. Soudain, IL la repéra... Avec un type. Une lettre entre les doigts. IL bavait. IL mâchonnait. IL bouillait de colère. IL mit le contact. Le moteur tournait. La voiture démarra. IL fonça sur eux, qui, par chance esquivèrent le véhicule.
- PETIT CON !
IL s'arrêta net. Baissa la vitre. Sortit un pistolet. Et tira. Trois coups. Ils s'effondrèrent. La foule ne leur prétait guère attention. Elle n'avait rien vu. Même si elle ne voulait rien voir, elle n'avait rien vu. Et même si quelqu'un parmi celle-ci se dirigeait, de rage, vers l'indicateur tueur, ce dernier n'hésiterait point à répondre : "MAIS NON, JE N'AI PAS TIRE, J'AI TIRE SUR DES PIGEONS SUR LA CHAUSSEE. ILS ETAIENT MALADES. C'ETAIT NORMAL QU'ILS CREVENT!
Aussi, l'indicateur-tueur IL ferma-t-il sa portière. IL avertit son centre d'écoute et lui ordonna de faire passer la bande-son habituelle.
...UNE OFFENSIVE SANS PRECEDENT CONTRE NOTRE POUVOIR VIENT S'AJOUTER A L'ABANDON, MEME A LA DESTRUCTION DE PANS ENTIERS DE NOTRE ECONOMIE. CERTAINS ONT FERME LES ECOLES, DES LIGNES DE CHEMIN DE FER, D'AUTRES TENTENT DE SUPPRIMER DES LITS D'HOPITAUX...
... LEUR OBJECTIF, NE L'OUBLIEZ PAS, EST DE NOUs DETRUIRE... SOUTENEZ-NOUS...
Et la foule, plus loin, acclama chaleureusement, religieusement. Et aussitôt, d'un seul coup, la foule scanda ses propres mots d'ordre : TOUT CE QUI GRATTE N'EST PAS SCOTCH-BRITE, MAIS ÇA PEUT ETRE AUSSI LE PAPE FINIFS PELLES ET BAGATELLES PRENONS NOS BALAYETTES FAISONS MOUSSER LES BONS MOMENTS POP-ULAIRES...BANGGGGGGAAAAH, BANGA. DORMIR DORMA...ELNA RIEN SANS ELNA RIEN...FOULE-POWER SE MET EN QUATRE POUR NOUS, POURQUOI PAS VOUS?
Jamais liesse ne fut comparable, ce jour-là.
Et la rue se vida, petit à petit.
Les cadavres disparurent.
IL, l'indicateur-tueur fuma la dernière cigarette de son paquet. Un sourire narquois au bout des lèvres. L'IMPORTANT, voyez-vous, C'ETAIT CETTE LETTRE. CE N'EST PAS QU'ELLE ETAIT PLEINE DE FAUTES D'ORTHOGRAPHE, non non NI CE QU'ELLE CONTENAIT, mais le fait QU' ELLE FUT ECRITE Ce n'est pas si grave en fin de compte. ELLE A ETE ECRITE ET IL NE LE FALLAIT PAS.
La pluie finit par cesser.
samedi 12 février 2005
Lezennes Mail Cirkus 84

Rien à faire. IL était devenu comme ça. Pour la énième fois, IL remonta, quatre à quatre, l'escalier. IL tâtonna, tâtonna dans sa poche, et grimpa, grimpa s'il n'avait rien oublié. Là-haut ? Dans sa poche? IL "escalait" tout le temps. Chercha un coin pour vérifier, s'installa debout, raide comme le mur. Mais grimpa toujours et chercha dans les ombres du mur l'escalier qui tournait. IL s'arrêta, s'arrêta pour voir la poche de son pantalon. Dans l'ombre. Mais ne vit rien, se retourna, descendit de l'hôtel, à toutes jambes, inquiet.
- OU AI-JE DONC LA TETE ? BON DIEU !
IL arrêta de chercher, de chercher ce qu'il avait oublié. Ses clefs ? Peut-être !
- ARRETE DE CHERCHER ! lui gueula sa femme.
- MA FEMME ? QUELLE FEMME ? Ça lui arrivait comme un écho, un disque rayé qui lui tournait la tête.
Arrivé en bas, IL vit la concierge, passa à côté d'elle, hébété.
Quand IL voyait quelqu'un dans la rue, IL lui disait BONJOUR, A DEMAIN. Et s'il n'y avait personne, tant pis, IL le verrait demain. IL lui dirait les mêmes choses, propos et autres.
Comme d'habitude. Ni plus ni moins, croyez-vous?
Eh bien non. IL s'accrochait à la personne, la tâtait de tous côtés, la cajolait, discutait et discutait. Tout en propos-boudins. Et puis s'en allait à des heures impossibles. D'habitude la personne qui avait cette chance était partie, il faut en convenir, depuis belle lurette.
IL, s'en rendait-il compte ? Pas le moins du monde. IL était un incompris. D'ailleurs comment - avec une telle approche de l'humain - vouliez-vous, par exemple, qu'il arrivât à l'heure ? Tous lui tiraient la langue, se moquaient de lui. Mais lui, IL ne voyait pas le mal. Quand IL avait fini sa parade, ses discours interminables et qu'il n'y avait plus personne qui 1'écoutait, IL leur disait, après avoir déversé sur le macadam un immense hocquet, un petit "MERDE" gêné.
Tout bas.
Et s'en allait plus loin, marchait, marchait droit devant lui, le long des murs, comme un rasoir. Et derrière lui, IL traînait un monde découpé.
Mais aujourd'hui, que se passait-il ?
Où étaient-ils donc tous les gens qu'il côtoyait ?
Depuis qu'on lui a dit, FAITES ATTENTION, dans le pays, c'est la grève générale, près d'un million de grévistes ou d'ouvriers lock-outés. Au début, IL, comme toujours, s'en moquait. IL se faufilait, comme un serpent, traînait sa carcasse au clair des rues et sifflait comme si de rien n'était.
Mais maintenant, c'était tout autre chose. Cela durait depuis plusieurs mois et la situation était comme ça, arrêtée. Lui, le permanent des rues, ne voyait plus personne. IL était comme coupé du reste du monde. Bouche cousue. Plus une seule voiture ne circulait. Plus aucun moyen de transport n'existait. Plus un seul litre d'essence. Plus une seule queue devant les magasins : ils étaient vides. Les quais, plus loin, étaient déserts. Les ferry-boats, qu'IL avait coutume de voir, plus un seul ne sommeillait à leur poste d'amarrage. Plus un seul policier en vue. Ni un seul gréviste. Aucun rassemblement. Aucun meeting. Pas d'affiches revendicatrices sur les murs.
Rien.
Et les rues l'entraînaient au hasard.
IL était là.
Mais à peine se demandait-il pourquoi, à peine s'est-il posé la question, qu'une forte douleur au bas-ventre le saisit, comme si on le ficelait, serré sur une chaise. Ça lui montait jusqu'aux dents, jusqu'au nez, jusqu'à la tête. IL ouvrit la bouche pour crier : plus de sons. IL se racla la gorge, gesticula, se frotta les cils : ÇA Y EST, ME VOILA A CENT DEGRES ! QU'EST-CE-QUI M'ARRIVE ?
IL cherchait partout, ne trouva rien, ouvrit les poches de son pantalon. OU EST-CE QU'IL EST MON MALAISE ? IL se frappa la figure contre le mur, ne dit mot, tant il est saisi comme une crêpe.
- NE VOUS EN FAITES PAS, JE VOUS AURAIS !
Cela allait de mal en pis. Les étourdissements devenaient de plus en plus fréquents, surtout quand IL allait téter les froidures de la ville et disputer d'éloquence avec les "couteaux de la ville" : vieille habitude qu'il gardait comme souvenir.
Abasourdi par le silence insupportable qu'il rencontrait, IL s'arrêta, regarda autour de lui, vit un banc, alla s'asseoir, s'assit près d'un parc derrière l'usine. ÇA IRA MIEUX APRES. JE NE FLIPPERAI PLUS. JE NE PENSERAI PLUS. Ça doit être ça JE NE SUPPORTE PLUS DE REFLECHIR, vous pigez, JE NE SUPPORTE PLUS. CE N'EST PLUS DE MON AGE. QUAND ON A MON AGE, ON FAIT SEMBLANT, ON FAIT AUTRE CHOSE. ON CHANGE DE VETEMENT. Un jour vient où changer d'habits devient indispensable.
Un quidam passe, QU'EST-CE QUE VOUS FAITES LA ? Le quidam ne savait pas à qui il avait affaire. IL répondit tout de go :
- Moi ? Eh bien je vérifie les entrées et sorties des véhicules, je veille à ce qu'aucun camion ne franchisse la porte. Si j'ai un problème, c'est sûr, je n'irai pas vous voir, j'appelle la permanence du syndicat...Mais ne vous en faites pas, tout est calme...
Le quidam, il n'en croyait pas ses yeux, MAIS C'EST DE MOI QU'IL PARLE ? QU'EST-CE QU'IL VA CHERCHER LA ?
- Et puis (IL en rajoutait).. .et puis je ne crains pas une attaque, ni une provocation. Ici, cela n'existe pas. Aucun risque.
Le quidam prit peur, prit ses jambes à son cou.
- Eh monsieur !
IL se leva du banc, courut après lui, MONSIEUR, MONSIEUR, J'AI OUBLIE DE VOUS DIRE QUE JE RECLAME 11% D'AUGMENTATION. ET C'EST DEJA, croyez-le bien, UNE CONCESSION DE MA PART.
IL n'arrivait pas à le rattraper, PUTAIN, OU EST-CE QU'IL A APPRIS A COURIR AUSSI VITE, EH MONSIEUR, MONSIEUR ? Je vous dis ça, PARCE QU'IL ME FAUT OBTENIR 50% POUR RETROUVER MON POUVOIR D'ACHAT DES ANNEES PRECEDENTES. Merde, il ne m'entend pas. IL FAUDRA BIEN QU'IL LE SACHE, CE GOUVERNEMENT, IL FAUDRA BIEN QU'IL TOMBE...
IL s'arrêta.
Complètement essoufflé.
- QUEL GOUVERNEMENT ?
IL, de nouveau, eut mal au ventre.
- JE T'AI DEJA DIT QUE TU DOIS TE RETENIR. EMMURE TES PENSEES. QU'ON NE LES VOIT PLUS ! UN POINT C'EST TOUT. COMBIEN DE FOIS FAUT-IL TE LE REPETER ?
- Oui, maman, je vais faire le vide. J'ai beaucoup trop mal. Ça me fout des angoisses. Il y a trop de bruit en moi. Je vais me mettre au diapason. Tu as raison, je m'épuise pour un rien, ma patience est à bout.
IL baissa la tête, dit AU REVOIR, A DEMAIN aux absents.
Et un immense sparadrap de silence scotcha la ville de plâtre.
vendredi 11 février 2005
Lezennes Mail Cirkus 83

Et l’amour qu’est-il devenu ? Un simple essayage d’accoutrements. Une mode qui court sur les falaises. Une marchandise encombrante dans la bonne marche des corporations. Des corps et des regards vides dans le souk des corbeilles informatiques.
jeudi 10 février 2005
Lezennes Mail Cirkus 82

Eh bien galopons ! Mais avant toute chose, essayons de savoir si nous nous ne sommes pas trompés de monture ! Je me vois mal en cavalier de l’apocalypse.
mercredi 9 février 2005
Lezennes Mail Cirkus 81

Quelle force nous guide pour que nous roulions à ce point dans la boue ? Sans aucune considération pour nous-mêmes. Sans même savoir qui nous sommes. La vitesse des événements nous entraîne toujours à galoper dans le sens du big mag Cirkus.
mardi 8 février 2005
Lezennes Mail Cirkus 80

L’argent n’a jamais été le moteur principal dans notre vie : il nous a simplement manqué. Mais nous avons complètement oublié que nous avions été mis à prix. A la baisse, naturellement.

