mardi 6 juillet 2004
LEZENNES MAIL STONE 254

Yo ! Yo !, comme disent les Hongrois. Bon ! Bon ! (traduction) ! On y va tout droit. Pas de problèmes. La guerre ? Ben oui. Contre qui ? Contre nous, pauvre naze ! Qui ça nous ? Toi, moi et les autres. Où ça ? Ici, chez nous. Une guerre d'extrème ? Tu vois autre chose ? T'as vraiment lu ce que je t'ai maillé ? Ah bon, j'aurais pas cru.
FIN
lundi 5 juillet 2004
LEZENNES MAIL STONE 253

Il va falloir, comment dire, il va falloir qu’ils comprennent qu’ils ne me laissent plus seule. Moi qui aie tendance à vouloir effacer ce qui se présente. Tendance aussi à ne voir que le monde du dessous, du lacet cassé, des poussières qui ennuagent les coins des pièces, des carreaux sales et des livres qui s’empilent… Les journées sont trop longues, trop éloignées de mes anciens centres d’intérêt. M’occuper ne me suffit plus. Faire à manger à d’autres qui ont pris l’habitude de ne plus penser qu’ils puissent le faire m’empêchent d’avoir faim, de prendre et de faire plaisir.
Les jours et les nuits tombent comme des rochers qui se détachent de la montagne. A quoi sert-il de crier quand le monde est sourd ?
dimanche 4 juillet 2004
LEZENNES MAIL STONE 252

Le chant de la corde
Tu m'enroulais m'enroulais tout le bois
De tes doigts de frêne près de mes lèvres
Tu caches me caches tes pensées
Comme un cache-nez un soir de houle
Et je roule roule des marées
Au travers de ma gorge en boule
Pas une route pas une entrée
Où je ne pense aux longues foules
De tes cheveux châtain lacés
A ton corps d'alcool qui me saoule
Tu tournes tournes ton amour
Comme un papillon dans le vide
Et je roule roule un cœur lourd
A l'ombre de ton nom inscrit
Déjà rares sont les baisers où
Rame ma longue barque livide
Où je pense aux silences courts
Des galets qui marquent mes rides
Tu m'enroulais m'enroulais tes lèvres
Comme un lièvre perdu aux abois
Mais je rêve plus d'une fois
Que la fleur des années Prodige
Ne s'achève comme un bruit de faux
A travers des nuits de vertige
Que les souvenirs d'autrefois
Reviennent à charge d'artillerie
Je ne crois pas que cela soit
Facile de leur couper les tiges
Tant je rêve plus d'une fois
Que mon amour n'est plus pareil
Au cri des oiseaux maladroits
Au bourdonnement des abeilles
Tant il ressemble au silex froid
D'une peau sans tache de soleil
Tu m'enroules m'enroules les lèvres
Et nous vivons bien à l'étroit
Notre nuit loin d'être un détroit
A force de querelles s'achève
samedi 3 juillet 2004
LEZENNES MAIL STONE 251

L’alcool me joue des tours. J’avale le monde à grandes gorgées pensant pouvoir m’échapper à la torpeur des jours. Et plus je tente de le saisir, plus il m’apparaît ressembler aux différentes chopes que j’ai en face de moi. Les mondes que j’y perçois deviennent des masses de plus en plus inertes et grisâtres. « La main sur la tête / Comme pour s’appuyer / Près d’une bière / A ras bord / Pleure / Un coup de téléphone / Comme un coup / Dans l’estomac / Le désarroi / Elle ne reviendra plus/ Et un juke-box / Perd la tête / Crie à tue-tête / Sa chanson des mal aimés / A côté / On me parle / Un bruit de fond / Me réconforte / En vain / Reviendra-t-elle / Et je m’entête / Un autre demi patron / Et ça me reprend / Une lancée / Une nausée / Des angoisses / Comme sortir d’un buisson de ronces / On me répond / Comme tu veux des femmes tu peux / En avoir / Une lueur dans l’œil / Je l’aimais / Elle m’a quitté / Je l’aimais à coup de poings » ( Café 421, La Madeleine, un certain 30 mars 1978).
vendredi 2 juillet 2004
LEZENNES MAIL STONE 250

8 mars. Fête des femmes. Je me suis trompé, j’ai mal lu. Non pas « sublime bronzage » mais : une femme, une position suggestive et un « sublime bronze » ! Eloge de la femme qui défèque ! Insultant non ?
jeudi 1 juillet 2004
LEZENNES MAIL STONE 249

8 mars : Fête des femmes. Une quinzaine de jeunes chefs d'entreprise femmes se sont réunies dans les locaux de la jeune entreprise "féministe" Nora Communication autour du sieur Raffarin. Lorsque Elodie Bergerault, 28 ans, enceinte, s'est levée pour expliquer qu'elle était danseuse intermittente du spectacle,( quand on vous disait que notre loi sur les intermittents avait du bon !) elle s'est empressée d'expliquer qu'il "ne fallait pas tout attendre des subventions publiques", qu'il "fallait se prendre en main", que, "pour être créative, on n'avait pas besoin des subventions d'Etat", et qu'elle avait donc créé une "entre-prise d'événements dansés pour les entreprises" ( ?) Ben, voyons, il suffisait de se mouiller dans la piscine du fric, de la com et des staffs politiques.
mercredi 30 juin 2004
LEZENNES MAIL STONE 248

Bon, v’là autre chose ! T’as plus de tune, t’as plus de chéquiers, t’as plus de carte ! Je ne dépense rien, juste pour becqueter, pour me loger, pour aller bosser et voilà que grand-mère non seulement elle me refuse du blé, mais elle m’a capturée. En otage du grand capital. Je lui appartiens, je fais partie de ceux qui n’ont plus qu’à. Les « n’ont plus qu’à » ne cessent d’augmenter, n’ont plus droit à la parole, au logement, à la reconnaissance des autres. Ce qui leur arrive, c’est toujours de leurs fautes, ils n’avaient qu’à pas. Un point c’est tout. «J'ai signé le Pare (Plan d'aide au retour à l'emploi) et on m'a motivée pour créer ma propre entreprise. J'ai contracté un prêt, fait les démarches, tout était sur pied. J'étais en train de devenir créatrice d'activité, ce que nous demande Raffarin. Et, tout à coup, on me supprime sept mois d'Assedic, le gouvernement revient sur ses engagements, sans prévenir ! Quand je regarde mes anciennes fiches de salaire et que je vois ce qu'on m'a prélevé pour les cotisations, 6 000 francs par mois pendant des années, j'ai le sentiment d'avoir été trahie. J’ai déposé un recours en justice contre les Assedic et l'Unedic. Grâce à la CGT. Avant, je les voyais distribuer leurs tracts sur les marchés et j'étais morte de rire. Je pensais que c'était un syndicat qui brassait de l'air. Aujourd'hui, c'est les seuls qui font quelque chose.» (Corinne, treize ans dans les télécoms, licenciée pour raisons économiques).
mardi 29 juin 2004
LEZENNES MAIL STONE 247

A l'aube la maladie fleurit
Sur les berges étranges de l'usine
Fleurit sous la peau enfantine
Comme un poison de fin de série
Sur les berges étranges de l'usine
Le vent souffle le long des quais
Sa poussière de plomb par paquets
Quand se bloquent leurs membres Imagine
Le vent souffle le long des quais
Le sommeil danse sa ronde
La lésion des cerveaux abonde
Quant au patron il s'en moquait
Le sommeil danse sa ronde
Des écoles les enfants perdus
Respirent les nuages de verdure
De plomb qui sur eux vagabondent
Des écoles les enfants perdus
Dans la banlieue des brumes d'Anvers
Là où succombent ces averses
S'essoufflent et s'usent leurs membres nus
Dans la banlieue des brumes d'Anvers
Les longues sirènes de la mort
Parcourent sans bruit sans remords
Le sang des enfants que l'on berce
Les longues sirènes de la mort
Sur les berges étranges de l'usine
Assassinent la peau enfantine
Assassinent les fleurs de leurs corps.
lundi 28 juin 2004
LEZENNES MAIL STONE 246

O mon amour ma pauvre fête
J'ai le cœur perdu dans les branches
Je navigue sur les mers défaites
Des flippers-misère du dimanche
Aujourd'hui je t'aime comme hier
Mais la toupie des villes m'entraîne
Sous les décombres de pierres
Et j'allume un mégot de haine
O mon amour ma douce fille
Je me brûle au bal des éclairs
L'oiseau-chômage me fusille
Et me décapite en plein air
Aujourd'hui je t'aime comme hier
Mais la toupie des villes m'entraîne
Sous les décombres de pierres
Et j'allume un mégot de haine
O mon amour ma cavalière
Les plus belles escapades s'en vont
Emmène-moi vers les rivières
Où nos bras bleus se croiseront
Aujourd'hui je t'aime comme hier
Mais la toupie des villes m'entraîne
Sous les décombres de pierres
Et j'allume un mégot de haine
dimanche 27 juin 2004
LEZENNES MAIL STONE 245

Je l’ai à peine aperçue. Elle se cachait derrière les barbelés, derrière la méchanceté des autres. Le bleu du ciel disparaissait sous la lucarne des prisons. Elle s’est tue pour ne plus affronter les mitrailleuses du dire des imbéciles. Pour elle, ils n’existent plus. Elle est là, non point perdue, non point défaitiste. Elle est là pour affirmer que son combat dans la plus petite parcelle de vie qui lui reste ne sera pas vain même si l’enveloppe de la mort lui cachettera son visage. Peut-être demain, peut-être d’ici quelques minutes…

